Institut de Relations Internationales et Stratégiques - Accueil
english version  

 
FLUX RSS Flux RSS

 
imprimer la page  envoyer cet article à un ami   

Terre qui rit et terre qui pleure

Photo

Economistes et géopolitologues divergent sur l'état du monde. Et pourtant l'économie globalisée, qui réjouit les uns, souffrira si les conflits, qui désespèrent les autres, ne sont pas apaisés.

Selon le néo-conservateur américain Robert Kagan, les Européens viennent de Vénus alors que les Américains de Mars, d'où leur incompréhension mutuelle. Bien que fortement contesté, ce clivage en appelle un autre qui oppose géopolitologues et économistes, quelles que soient leurs origines géographiques. Les premiers président le monde avec des lunettes qui assombrissent. Les seconds voient la vie en rose. Les stratèges sont annonciateurs de catastrophes. Ils estiment que la situation est grave et qu'elle va encore se détériorer. Les économistes regardent, satisfaits, les courbes de croissance et les taux de profits tous au firmament. Qui a raison ? Qui a tort ?

Non seulement, la guerre d'Irak est perdue, mais elle dégénère en guerre civile et en foyer majeur de terrorisme. Non seulement Israéliens et Palestiniens ne parviennent pas à une paix qu'ils se sont promise en 1993, mais ils ne sont même pas d'accord sur le principe de négociation. Le Liban craint un retour de la guerre, qu'elle soit civile ou extérieure. On se demande si Bush ne sera pas tenté de "sortir par le haut" d'Irak, c'est à dire en lançant des frappes sur l'Iran. Les Talibans regagnent le terrain perdu en Afghanistan. Pour une guerre civile qui s'achève en Afrique, une autre se déclenche. La Corée du Nord fait peur, soit par le scénario du maintien de son régime, soit par celui de son effondrement. Et que la Chine se donne une bonne image avec les JO de 2008 ne règle pas le problème de Taiwan.

Voilà de quoi alimenter le pessimisme le plus noir. Pourtant les optimistes ont aussi des arguments à faire valoir. La hausse du coût de l'énergie n'a pas eu le même impact que les précédents chocs pétroliers sur l'économie mondiale. Pas de crise majeure, pas d'explosion du chômage ou de l'inflation. Le prix du baril de pétrole a fait des bonds de 50 dollars sans mettre l'économie mondiale à genoux. Le terrorisme n'a pas tué le transport aérien, il le rend seulement plus compliqué. A terme, la volonté de préservation de l'environnement devrait être un adversaire bien plus redoutable pour les compagnies aériennes et l'industrie aéronautique que Ben Laden.

La question est de savoir si cette déconnexion entre géopolitique et économie est profonde et structurelle ou si elle constitue un décalage dans le temps. Un effet rattrapage ne va t-il pas se produire d'ici peu, ou économie et géopolitique vivent-elles désormais dans deux sphères différentes et complètement déliées l'une de l'autre ? Quelles sont les limites de la résilience de l'économie mondiale à la dégradation du climat stratégique ? L'économie globalisée ne peut pas être sereine si peuples, nations ou civilisations, s'affrontent. Le grand écart entre performances économiques et désastres stratégiques n'est pas tenable à terme.

Pascal Boniface est directeur de l'Institut de Relations Internationales, (www.iris-france.org). Il vient de publier "Lettre ouverte à notre futur(e) président(e) de la République sur le rôle de la France dans le monde”, éditions Armand Colin.

Pascal Boniface / Challenges / 1er mars 2007



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS


Institut de Relations Internationales et Stratégiques
2 bis, rue Mercoeur - 75011 PARIS
Tél. : 33 (0) 1 53 27 60 60 – Fax : 33 (0) 1 53 27 60 70
contact@iris-france.org