
Pascal Boniface était l’invité de Marchés Tropicaux. Il décrit pour les lecteurs du magazine ses relations avec l’Afrique.
Je ne suis pas un spécialiste de l'Afrique. C'est un continent que j'estime mal connaître, même si j'ai visité une douzaine de pays, mais généralement sur des périodes courtes.
N'étant pas un fin connaisseur des problématiques du continent, lorsque je m'y suis rendu, ce n'était que pour évoquer des sujets relevant de mon domaine de spécialité : les affaires stratégiques sous un angle global. Je n'avais pas de réelle légitimité à parler des relations bilatérales avec la France, et guère plus des relations franco-africaines en général.
J'y ai toujours été invité pour parler de sujets stratégiques, comme peut le faire le généraliste des questions internationales que je suis. Mais pour autant, j'ai été à chaque fois frappé par l'intérêt suscité par ces sujets. Ils étaient censés être périphériques au regard des préoccupations des Africains, et j'ai constaté au contraire qu'ils étaient au centre de leurs préoccupations.
" Les Africains aiment la réflexion intellectuelle sur des horizons larges "
Je n'ai pas l'outrecuidance de penser que c'était la particularité de mes propos qui créait cet effet de curiosité aiguisé. Non, c'était bien la thématique en elle-même qui passionnait mes auditeurs. Les Africains savent qu'ils vivent dans un monde globalisé et en connaissent, aussi bien que les Européens, les enjeux et les défis. Ils sont tout autant, voire plus importants pour eux que pour nous. Ils ont des idées sur ces sujets, ils n'hésitent pas à les donner, et aiment dans tous les cas la libre discussion et la réflexion intellectuelle sur des horizons larges. De ces expériences personnelles, j'ai tiré une conclusion générale. Nous ne discutons pas assez de problèmes stratégiques généraux avec nos interlocuteurs africains.
Pourquoi se confine-t-on, la plupart du temps dans ces échanges, à aborder les sujets bilatéraux sans penser que les Africains peuvent également être des partenaires dans la réflexion d'un monde global ? Et que leur avis peut être extrêmement pertinent sur ces questions.
" Le 'désir de France' diminue en Afrique "
Les débats sur le monde uni ou multipolaire, sur le multilatéralisme le terrorisme, le conflit au Proche-Orient ou la guerre d'Irak concernent également les Africains. N'est-il pas un peu méprisant à leur égard de penser qu'ils ne sont intéressés que par les questions Nord-Sud et la relation franco-africaine ? Comme s'ils n'étaient pas capables d'avoir une vision planétaire et de se sentir concernés par les enjeux stratégiques.
Si la France veut être une acteur global, elle a besoin de resserrer ses liens avec l'Afrique car le " désir de France " en Afrique est en train de diminuer. Ne serait-il pas bénéfique d'avoir des échanges réguliers avec eux sur les sujets majeurs de la mondialisation, ceux-là même sur lesquels la France veut peser et pouvoir s'exprimer ?
Il y a un potentiel de coopération stratégique qui est sous-estimé, sous évalué et sous-utilisé.
Pascal Boniface / Marchés tropicaux / 3 novembre 2006
 Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS
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