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Elèves américains et maître-chanteurs nord-coréens

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Après l’échec de sa dernière campagne de tirs de missiles en juillet, la Corée du Nord revient à la charge en annonçant avoir effectué un essai nucléaire. On n’a sans doute pas digéré, du côté de Pyongyang, l’affront de la communauté internationale, plus intéressée par le Liban que le fiasco (tant technique que médiatique) des essais balistiques. Quelques jours après l’intronisation de Shinzo Abe au poste de Premier ministre à Tokyo, et l’adoption par le Japon de sanctions contre la Corée du Nord, cette nouvelle escalade semblait presque inéluctable.

Cette nouvelle provocation de Pyongyang, immédiatement dénoncée par le Japon et les Etats-Unis, fait le jeu des faucons qui plaident pour l’intransigeance, et reprochent à la diplomatie de céder au chantage d’un régime hors du temps. Depuis l’accord du 19 septembre 2005, ils ont ainsi reproché à la Maison-Blanche d’avoir humilié la première puissance mondiale en accédant aux exigences d’une dictature experte en blanchiment d’argent sale et émission de faux dollars, et passée maître dans l’art de la surenchère sur fond d’apocalypse nucléaire. Cette nouvelle escalade alimente leurs thèses.

L’autisme (éclairé, semble-t-il) nord-coréen ferait donc le jeu des faucons américains, à l’approche d’élections mi-mandat dont le résultat semble incertain, et au moment où les critiques ne se comptent plus sur la guerre en Irak dont ils furent les promoteurs. Indiscutablement. Mais prenons le problème à l’envers. Ne peut-on pas ainsi considérer que, depuis un an (et même plus si on tient compte de l’attitude ambivalente de Washington sur ce dossier depuis le fameux discours de « l’axe du mal » de janvier 2002), l’autisme (assez terne, celui-ci) des faucons de Washington fait le jeu de la Corée du Nord ? Difficile de ne pas le reconnaître.

Les prochaines semaines vont être marquées par des échanges verbaux sans doute violents, et les observateurs parleront volontiers de (re)montée en puissance de la crise nucléaire nord-coréenne. Et après ? N’a-t-on pas assisté à un scénario semblable entre 2002 et 2005 et, pour ceux qui ont la mémoire plus longue, entre 1993 et 1994 ? Au bout du compte, chacun sera forcé de s’asseoir à nouveau à la table des négociations, avec des exigences encore plus fermes du côté de Pyongyang, où on se délecte par avance d’un nouveau chantage. Les menaces énoncées par Washington resteront une fois de plus lettre morte, et permettront à la Corée du Nord de parvenir à ses fins, c’est-à-dire assurer un peu plus longtemps la survie du régime, et obtenir de nouvelles aides humanitaires, et peut-être même des garanties sécuritaires de la part des Etats-Unis. En pourrissant toute perspective de dialogue (certes douloureux), et en pratiquant un chantage bien naïf face au maître du genre, ce sont les faucons américains qui font finalement le jeu de Pyongyang, dont le pire des scénarios serait un dialogue, duquel éclateraient au grand jour les incohérences du régime. Mais c’était sans compter sur un axe du chantage qui, de Pyongyang à Washington, trouve ses adeptes.

Responsable du Bureau IRIS à Taiwan. A récemment publié L’Asie orientale face aux périls des nationalismes, aux éditions Lignes de repères.

Barthélémy Courmont / IRIS / 12 octobre 2006



Barthélémy Courmont
Chercheur à l'IRIS


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