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Quand la FIFA surclasse l’ONU

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Le score est lourd, sans appel : 207-191. C'est celui du match des Etats membres entre la Fédération Internationale de Football (FIFA) et l'Organisation des Nations unies. Le large succès de l'instance sportive démontre que le football est bel et bien le phénomène le plus universel de notre monde globalisé. Nulle frontière n'a pu stopper son avance, aucun pays ne s'est opposé à sa conquête. Celle-ci, il est vrai, s'est opérée de façon purement pacifique, avec l'adhésion enthousiaste des peuples conquis. C'est bien le seul empire à ne pas susciter quelques résistances, à l'exception de certains intellectuels grincheux.

La FIFA offre, dès lors, une plus grande diversité que les organisations internationales chargées de gérer la planète. Elle réussit d'ailleurs des performances extra-sportives que l'ONU serait bien en peine de réaliser.

En effet, la Chine et Taïwan coexistent en son sein, alors que Pékin rompt ses relations diplomatiques avec tout pays qui voudrait se rapprocher de Taïwan, qui, pour cette raison, n'a pas de siège à l'ONU. Ainsi, l'Ecosse, le Pays de Galle et l'Irlande du Nord se voient reconnaître une indépendance footballistique par la FIFA, qui leur permit de s'illustrer à la Coupe du monde, alors que la réalité de la politique internationale les amène à se joindre à l'Angleterre pour siéger à l'ONU sous la bannière du Royaume-Uni. Ainsi, les îles Féroé, que la France a affrontées (et battues 2-0, 3-0) lors de la phase qualificative de cette 18e Coupe du monde, appartiennent au Danemark.

La FIFA propose également quelques raccourcis historiques, qui tiennent de l'anticipation. Israël, qui participe aux compétitions européennes de football, et la Palestine, qui depuis son admission en 1994, évolue, malgré d'énormes difficultés logistiques, dans la zone asiatique, pourraient parfaitement se mesurer à la faveur du tournoi mondial bien plus pacifiquement qu'à l'habitude, à condition de passer l'obstacle des qualifications.

Les territoires français de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie, qui ont un statut particulier au sein de la République française, espèrent que leur adhésion à la FIFA préfigure une indépendance politique. Si elles avaient pu se qualifier dans leur zone respective, elles auraient pu rencontrer la France en Coupe du monde.

Enfin, notons que Monaco, membre de l'ONU, n'appartient pas à la FIFA et n'a donc pas d'équipe nationale pour la présenter au plus haut niveau. Mais ce micro-Etat possède un club professionnel qui joue au Championnat de France de Ligue 1 et a conquis, entre autres, sept titres de champion de France.

Pascal Boniface / L’Equipe / 10 juin 2006



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS


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