
Les attentats de Dahab (Egypte) ne sont malheureusement en rien inédits. Loin de cibler les seuls pays occidentaux, le terrorisme est devenu l'apanage de pays arabes à majorité musulmane. La Jordanie, l'Arabie saoudite ou encore le Yémen sont là pour en témoigner.
Il faut cependant noter la concomitance de ce type d'attentats avec la présence d'une vague d'antiaméricanisme sans précédent dans l'histoire de la région. Washington est en effet le plus souvent accusé de vouloir peser sur le quotidien des Arabes et des musulmans sans pour autant faire preuve d'équité. Pourquoi les Américains parlent-ils de démocratie, alors qu'ils ne sont même pas prêts à composer avec le gouvernement nouvellement issu des urnes palestiniennes ? Une question qui paraît poussée à l'extrême vu de l'Occident, mais qui constitue le point de départ incontournable des discussions actuelles au Moyen-Orient. Et qui pousse parfois certaines personnes, heureusement minoritaires, à être tentées par la compréhension - ou pire, la légitimation - d'un terrorisme hâtivement interprété comme acte de résistance. Ou de contestation.
Mais, pris dans leur ensemble, les Moyen-Orientaux reprochent surtout aux Américains de ne pas avoir encouragé la résolution équitable du conflit israélo-arabe avant que de se consacrer à d'autres champs régionaux. Le conflit territorial opposant depuis 1967 Israël à ses voisins arabes continue en effet à prévaloir dans les esprits, d'où exacerbation des passions. Qui plus est, alors que l'Irak évolue vers une partition confessionnelle quasi-inéluctable, les relations syro-libanaises donnent l'impression d'avoir franchi un point de non retour, et le nouveau président iranien double ses prétentions nucléaires de diatribes et provocations anti-israéliennes et antisémites très en vogue au Moyen-Orient. Or, cette inquiétante situation n'existait pas il y a trois ans encore, la veille de la chute du régime du dictateur Saddam Hussein.
Les Etats-Unis ont fait valoir en 2004 leur volonté de démocratiser le " Grand Moyen-Orient ". Ils auraient pu être crus sur parole. A la condition pour eux de peser en faveur d'une résolution équitable du contentieux israélo-arabe, de s'épargner les scandales irakiens d'Abou Ghraib, ou encore de pointer l'absence de démocratie présente chez tous leurs alliés arabes, sans exception. Rien de tout cela n'a été fait. D'où l'incapacité des Américains à se faire admettre par des opinions publiques qui pourtant, il y a soixante ans encore, faisaient de l'option américaine une alternative envisageable pour chasser les puissances française et britannique de leur région. Une incohérence apparente, mais qui répond à une logique dont il est encore temps de prendre acte.
Barah Mikaïl, chercheur à l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), spécialiste du Proche-Orient, vient de publier "La politique américaine au Moyen-Orient " aux éditions Dalloz.
Barah Mikaïl / Métro / 28 avril 2006
 Barah Mikaïl
Chercheur à l'IRIS
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