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Le périlleux pari d’Olmert

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Ehud Olmert qui devrait rester Premier ministre et former une coalition à la suite des élections du 28 mars (1), veut fixer les frontières définitives d'Israël à l'horizon 2010. Il présente ce plan comme étant porteur de lourds sacrifices pour les Israéliens car comportant la renonciation au Grand Israël et le démantèlement d'un certain nombre de colonies en Cisjordanie. La création d'un Etat palestinien est officiellement acceptée. Va-t-on dès lors vers la solution d'un conflit qui n'a que trop duré et qui constitue un facteur essentiel de déstabilisation stratégique ? Hélas le scepticisme demeure de mise.

Le problème réside tout d'abord dans la méthode proposée. Alors que les Travaillistes et Meretz, le petit parti de Yossi Beilin, privilégient la négociation avec les Palestiniens, Olmert est tenté par la voie unilatéraliste. Or, dans un conflit, une paix véritable ne peut en aucun cas être dictée par une partie à l'autre. Sinon, il ne s'agit que d'un cessez-le-feu accepté sous la contrainte par le vaincu. Mais quand bien même le plan Olmert serait l'objet d'une négociation avec les Palestiniens, il ne pourra pas être accepté par eux. Ce sont les questions frontalières qui y feront obstacle, celles d'Israël et, en creux, celles de la Palestine. Aucun Etat, pas même les Etats-Unis, n'a reconnu l'annexion par Israël des territoires occupés depuis 1967. Selon le droit international, aucune acquisition par la force ne peut être acceptée.

Les accords de Taba de janvier 2001, de Genève en décembre 2003, le plan Abdallah (proposé par le Roi d'Arabie Saoudite et accepté par l'ensemble des pays arabes, prévoyant la reconnaissance d'Israël par tous les pays arabes et la signature d'un accord de paix en échange de la création d'un Etat palestinien) en avril 2002, ou encore la " feuille de route " (soutenue par les Etats-Unis, l'Union européenne, la Russie et l'ONU), prévoient tous un Etat palestinien créé sur les territoires conquis par Israël en 1967, avec Jérusalem pour capitale. D'éventuelles modifications frontalières sont possibles par une diminution de la superficie du futur Etat palestinien à condition qu'elles soient agréées mutuellement et compensées.

Avec le plan d'Ehud Olmert on est loin du compte. En effet, Jérusalem resterait entièrement sous contrôle israélien. Le Premier ministre voudrait de surcroît conserver une partie de la Cisjordanie, où sont situés les grands blocs de colonisation ainsi que les axes de contrôle sécuritaire. C'est en parfaite contradiction avec les différents plans soutenus par la communauté internationale, Etats-Unis compris. Olmert peut espérer que celle-ci accepte de renoncer à ce qu'elle a toujours défendu jusqu'alors. Il peut également espérer que la victoire du Hamas soit un bon argument pour ne pas négocier avec les Palestiniens et ainsi leur imposer la solution de son choix. Les Palestiniens sont-ils assez fatigués pour accepter cela ? Même si la majorité peut l'être, il y aura toujours une minorité qui voudra, à n'importe quel prix exprimer sa fureur. Et le monde musulman peut-il renoncer de façon définitive à Jérusalem ? Cette ville ne concerne en effet pas que les Palestiniens, mais au-delà du monde arabe, tous les musulmans. On peut donc malheureusement craindre le retour de la violence au Proche-Orient, après une brève période d'accalmie.

Pascal Boniface / Témoignage Chrétien / 6 avril 2006



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS


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