
Le terrorisme est pour les sociétés occidentales la plus grave et angoissante menace pesant sur leur sécurité. Elle s'est développée alors que les pays européens espéraient pour la première fois depuis plusieurs siècles, ne plus avoir à défendre leur territoire contre un ennemi extérieur.
Elle peut frapper chacun de nous ou de nos être chers dans l'accomplissement d'actes quotidiens, comme se rendre au travail, aller à l'école, faire ses courses.
« Sommes-nous attaqués pour ce que nous sommes ou pour ce que nous faisons? », se demandent les Occidentaux. Certains répondent par la première affirmation - notamment ceux qui étaient favorables au déclenchement de la guerre contre l'Irak. D'autres, par la seconde. Aucune de ces deux réponses n'est tout à fait exacte, ni totalement fausse. Il est vrai que les terroristes éprouvent de la haine pour les sociétés démocratiques occidentales. Ils nous attaquent donc pour ce que nous sommes.
Mais ce que nous avons fait est également en cause. La guerre d'Irak n'a pas créé le terrorisme. Elle l'a néanmoins développé. Malgré les déclarations de bonnes intentions et le discours de refus du choc des civilisations, la politique définie par Washington est perçue par beaucoup, y compris en dehors du monde musulman, comme une politique d'agression, donnant plus de crédibilité aux diatribes des leaders d'Al Qaida.
Les recours aux mensonges pour convaincre les opinions sont venus anéantir la crédibilité du discours américain. On ne peut convaincre une partie de l'opinion occidentale de son bien fondé, en affirmant l'existence d'armes de destruction massive en Irak, en disant que Saddam était en partie lié à Al Qaida, que les 100.000 morts de la guerre ne comptent pas au regard des bénéfices politiques qu'elle procure, que tout est normal à Guantanamo, que seules des fautes individuelles expliquent Abou Ghraib, qu'il ne s'est rien passé de grave pour la population civile à Falloujah, que l'armée américaine traite avec respect la population irakienne que les Palestiniens auront bientôt un Etat viable, etc.
Comment ne pas voir que tout ceci est de moins en moins crédible - y compris dans le monde occidental -, et comment ne pas réaliser que tant de mensonges, au nom des bienfaits de la démocratie et des valeurs de la société occidentale, viennent nourrir chez certains un sentiment de haine ? Non, il ne faut pas changer ce que nous sommes. Sans doute faut-il changer ce que nous faisons, en ayant des pratiques plus conformes à notre propre discours.
Pascal Boniface / Yahoo ! Actualités / 21 juillet 2005
 Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS
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