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Blair parviendra- t-il à faire bouger les Etats-Unis ?

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Les attentats qui ont ravagé Londres le 7 juillet, faisant plus de 50 morts et 700 blessés, ont mis en lumière de façon dramatique le fait que la progression du terrorisme est plus rapide que celle de la guerre contre le terrorisme.

George W. Bush a souvent justifié la guerre d'Irak en affirmant qu'il était préférable de combattre les terroristes là-bas, plutôt que de les voir attaquer le monde occidental.

La capitale londonienne a été frappée comme jamais auparavant par des attentats, au moment même où Tony Blair recevait le G 8 et venait d'obtenir de haute lutte pour son pays le droit d'organiser les Jeux olympiques de 2012.

Les attentats ne risquent cependant pas, dans un premier temps, de l'affaiblir. La réaction des Britanniques aura été de ne pas céder au chantage. Mais cela ne va pas les empêcher de réfléchir. Car si les autorités britanniques excluaient tout lien entre les attentats et la guerre d'Irak, martelant que le terrorisme islamique existait bien avant 2003, il est difficile de ne pas faire le lien entre les deux.

Évidemment, ce n'est pas le déclenchement des hostilités contre l'Irak qui a fait naître le terrorisme islamique. Mais comment ne pas voir que cette guerre est venue amplifier ce qui existait déjà, qu'elle est venue jeter de l'essence sur les braises déjà incandescentes des relations entre le monde occidental et le monde musulman ?

Selon T. Blair, pour lutter contre le terrorisme, il est nécessaire de remonter aux racines de ce fléau. Cela implique pour lui de favoriser le règlement du conflit israélo-palestinien ainsi que l'établissement de la démocratie au Proche-Orient.

Il a parfaitement compris qu'au-delà du combat nécessaire contre le terrorisme, il fallait réduire les sources de frustration qui permettent à Oussama Ben Laden, ou à ses partisans, de trouver un écho auprès des masses arabes ou musulmanes. Or, pour les néoconservateurs américains, la seule cause du terrorisme, c'est la haine de la démocratie et des valeurs occidentales. Il s'agit donc de mener un combat frontal par des moyens militaires. C'est la guerre contre le terrorisme, ou la 4e guerre mondiale. Le problème est qu'on s'attaque aux effets (les attentats) sans s'occuper des causes : les États-Unis nourrissent ce qu'ils sont censés combattre.

C'est là que le Premier ministre britannique est à la croisée des chemins. Il a un diagnostic exact. Mais du fait de la position américaine, il doit se contenter d'émettre ce bon diagnostic sans pouvoir mettre en œuvre le remède. Pour passer du constat à son application, il lui faudrait faire changer les États-Unis de politique. Il n'y est pas parvenu pour le moment et comme les États-Unis tiennent son soutien à leur égard pour acquis, il n'a guère de chances de les faire évoluer.

Pascal Boniface / Yahoo ! Actualités / 13 juillet 2005



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS


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