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Nous sommes tous Londoniens

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En l’espace de moins de vingt-quatre heures, la capitale britannique est passée du sourire aux larmes, du bonheur d’être désignée ville olympique, à l’angoisse d’être la nouvelle victime du terrorisme.

Un peu à la manière des attentats de Madrid, des attaques simultanées, visiblement chacune d’une intensité relativement faible, ont frappé la ville dans différents lieux hautement fréquentés aux heures de pointes, causant de nombreuses victimes et provoquant surtout la panique générale. La coordination semble réussie, mais il ne faut pour autant pas tant y voir un acte d’une organisation structurée, que la faille des services de sécurité qui, au Royaume-Uni comme ailleurs, misent sur la protection plus que sur la prévention. C’est peut-être même au contraire parce qu’il s’agissait d’attaques de faible ampleur que les terroristes sont parvenus à passer à travers les mailles du filet, là où la recherche d’un nombre aberrant de victimes, comme à New York, n’aurait pas été aussi réalisable. Le mythe selon lequel les ennemis de la démocratie chercheraient toujours à frapper très fort semble ainsi une nouvelle fois ébranlé, le véritable risque, et certainement le plus inquiétant, étant au contraire la répétition de petits attentats, avec des conséquences tout aussi importantes, l’objectif ultime des terroristes étant plus que jamais de « terroriser ».

Solidaire des attentats, et soucieux de leurs suites, Dominique de Villepin, a décidé d’élever le plan Vigipirate au niveau rouge. Le Président de la République l’a appuyé, exprimant au passage son sentiment d’horreur. Le Commissaire européen à la Justice et la Sécurité, l’Italien Franco Frattini, a pour sa part justement rappelé que le terrorisme peut frapper au cœur de l’Europe, plaidant au passage en faveur d’une plus grande coordination des moyens de renseignement et de police en Europe. Cela semble plus que jamais nécessaire, mais sera-ce suffisant pour empêcher d’autres attaques de ce type ? Malheureusement non, car à la protection doit s’ajouter la prévention, ou même - le terme est volontairement fort -, la « compréhension » du terrorisme, seul moyen de le combattre efficacement.

Au premier jour d’un sommet du G8 dont les grands dossiers sont l’aide aux pays pauvres et la réduction des fractures, les dirigeants des Etats les plus puissants de la planète doivent rebondir sur ce drame pour proposer des politiques qui pourraient, par l’écho qu’elles recevraient dans les Etats dits du Sud, « couper l’herbe sous les pieds » des terroristes. Face à des individus qui se servent des inégalités et des injustices pour recruter de nouveaux membres, voyant leur nombre grossir de façon inquiétante - la guerre en Irak étant, selon l’aveu même de la CIA, un véritable stimulant pour la multiplication des groupes terroristes -, c’est de ce côté que les pistes de réflexion devraient dès à présent s’orienter.

Dans son allocution depuis Gleneagles en Ecosse, le Premier ministre britannique Tony Blair a, semble-t-il, donné l’exemple en appuyant son discours sur la nécessité de réfléchir, dans le cadre du G8 et des autres grandes rencontres internationales, aux moyens de prévenir la multiplication des attaques terroristes, qui ont, faut-il le rappeler, fait plus de 3.000 victimes dans le monde en 2004. Ce ne sera que sur le long terme que ce fléau pourra être combattu, le reste n’étant qu’une illusion sécuritaire, qui rassure parfois, mais ne permet pas d’atteindre le risque zéro, comme « les attentats de Londres », comme on les désigne déjà, en ont fait la triste démonstration.

Une certitude en tout cas, les rancœurs olympiques de la veille vite dissipées, nous sommes aujourd’hui tous des Londoniens.

Barthélémy Courmont a écrit récemment L'empire blessé : Washington à l'épreuve de l'asymétrie, Montréal, PUQ, 2005 et L'Amérique de Bush: les enjeux d'une réélection, Paris, CVMag, 2005.

Barthélémy Courmont / Yahoo ! Actualités / 7 juillet 2005



Barthélémy Courmont
Chercheur à l'IRIS


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