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Une campagne marocaine en france

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L'élection, le 19 juin dernier, des instances régionales et nationales du culte musulman (CFCM), qui représente la deuxième religion de France, marque une victoire de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF, proche du Maroc).

L'Union des organisations islamiques de France (UOIF, réputée dans la mouvance des Frères musulmans) cède du terrain, tandis que la Grande mosquée de Paris (GMP, dans le giron de l'Algérie) progresse nettement.

Pour la seconde élection du CFCM -la précédente avait eu lieu en avril 2003- la FNMF arrive en tête avec 19 sièges au conseil d'administration, l'UOIF et la GMP obtiennent chacune 10 sièges. Les différents délégués sont élus pour trois ans. Le taux de participation particulièrement élevé, 85% selon le ministère de l'Intérieur et des Cultes, révèle une forte implication des musulmans de France.

Les 5219 délégués de 1230 mosquées ont désigné l'assemblée générale du CFCM, les conseils d'administration et les bureaux régionaux des Conseils régionaux du culte musulman (CRCM), dont les présidents devraient être élus fin juin ou début juillet.La préparation de ces élections, reportées à deux reprises en raison de divergences internes au CFCM, avaient révélé de très vives tensions entre les différentes tendances, avec des accusations réciproques d'ingérence des pays d'origine (Algérie, Maroc).

Le président sortant Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris, devrait être reconduit dans ses fonctions le 26 juin. Le bureau exécutif sera désigné le même jour.

Le scrutin s'est déroulé sur fond de tensions particulièrement âpres, la campagne de la FNMF aurait été orchestrée directement par les consulats marocains. A la veille du vote, le samedi 18 juin, la FNMF a fait monter la tension d'un cran en manifestant devant l'ambassade d'Algérie à Paris pour réclamer la libération des prisonniers marocains détenus par le Front Polisario. Preuve s'il en était besoin que les différentes fédérations sont encore un champ d'affrontement et n'ont pas complètement gagné leur autonomie de fonctionnement.

Chacun des deux pays du Maghreb cherche à peser sur ses ressortissants vivant en France. La grande surprise est venue du recul que marque l'UOIF, dont beaucoup prédisaient une OPA sur l'Islam de France.

Influent chez les jeunes pour son discours très politisé et ses prises de position radicales sur des sujets comme le foulard ou la guerre en Irak, l'UOIF pourrait être reléguée à un rôle secondaire si la GMP et la FNMF parviennent à un accord pour désigner les membres du bureau et se répartir les présidences des différentes commissions (abattage de la viande, cimetières, pèlerinage…). Les enjeux au niveau national restent plus que jamais les rivalités, au-delà de la Méditerranée, entre Algériens, Marocains et Turcs.

L'autre leçon de ce scrutin est l'émergence de leaders jeunes et charismatiques qui ont su gagner la confiance de leurs coreligionnaires tels Mourad Zerfaoui à Marseille ou Azzedine Gaci à Lyon ; tel était le pari du ministre de l'Intérieur lors de la mise en place du CFCM.

Car c'est dans l'action régionale que résident les décisions les plus importantes, qui permettront à moyen terme de faire accéder l'Islam de France au rang et à l'esprit des religions des Lumières

Kader Abderrahim / Le Journal - Maroc / 25 juin 2005



Kader Abderrahim
Chercheur associé


Institut de Relations Internationales et Stratégiques
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