
Tony Blair nourrit un espoir secret : apparaître comme le leader du continent européen. Ce serait un exploit inattendu pour un britannique. Mais la défaite du « oui » en France, et donc l’affaiblissement sur la scène internationale du Président Chirac, ainsi que les difficultés de Schröder qui risque fort de perdre les élections fin septembre en Allemagne, lui donnent un espace politique inespéré.
Réélu pour un troisième mandat, fait sans précédent pour un Premier ministre travailliste en Grande-Bretagne, Blair veut incarner la gauche modérée qui refuse l’idéologie, et qui se base sur le pragmatisme. Son pays qui sera à la présidence du Conseil européen à partir du 1er juillet, accueillera également les 7 et 8 juillet prochains, le sommet du G-8. Et Tony Blair espère bien que ce sommet sera celui de sa consécration.
L’enjeu du G-8 réside en l’augmentation de l’aide publique au développement des pays du Nord vers les pays du Sud. Pour le moment, celle-ci est de 50 milliards de dollars par an. Le projet du Premier ministre britannique est de la doubler, mais il est peu probable qu’il obtienne sur ce point un accord du Président Bush.
Tony Blair risque de n’être pas plus heureux dans sa tentative de convaincre la Maison Blanche des bienfaits du protocole de Kyoto ayant pour objectif la limitation de gaz à effet de serre. Avec 4% de la population de la planète, les Etats-Unis consomment 25% de l’énergie mondiale, et n’ont aucunement l’intention de limiter leur consommation.
Le dossier israélo-palestinien est le troisième dossier sur lequel Blair voudrait pouvoir prouver son influence sur Washington. Mais si le discours de Bush est plus positif sur le sujet, il est difficile de croire que le Président américain soit prêt à exercer une réelle pression sur Sharon.
Si Tony Blair n’a aucun mal à prouver sa loyauté à l’égard de Washington, il lui est, par contre, plus difficile de montrer ce que la Grande-Bretagne y gagne. En effet, l’impopularité des Etats-Unis en Europe lui laisse peu d’espoir pour jouer un rôle de leader sur le continent européen, au moment même où il aurait une grande opportunité pour le faire. Décidément, le suivisme à l’égard de Washington est très coûteux pour Londres.
Le Premier ministre espagnol, Zapatero, pourrait être, en revanche, l’homme politique capable de profiter et d’augmenter son influence sur la scène européenne. Il n’affiche pas publiquement d’ambitions de puissance et ne suscite donc pas de réactions de rejet, et est à la tête d’un pays qui à voté « oui » au projet de constitution européenne, et ce, par référendum. L’Espagne continue de s’affirmer sur la scène internationale et est bien perçue dans les pays du Sud. Et elle démontre aussi son indépendance à l’égard de Washington.
Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), auteur de « Vers la 4ème guerre mondiale ? » paru chez Armand Colin
Pascal Boniface / Yahoo ! Actualités / 17 juin 2005
 Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS
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