
Après le non français et néerlandais les 25 se trouvent face à la plus grave crise européenne de ces dernières années. Jack Straw, Ministre des Affaires étrangères britannique, vient d’annoncer le gel du référendum sur la Constitution, initialement prévu pour le printemps 2006, et porte ainsi un nouveau coup au Traité. Quelles sont les motivations britanniques ? Quels sont les scénarios de sorties de crise ?
Tony Blair, le Premier ministre britannique le plus europhile de l’histoire du Royaume, semblait bien décidé à risquer son mandat sur un sujet tabou pour l’opinion publique de son pays. S’il décide de reporter sine die son référendum, il y a plusieurs raisons.
Tout d’abord, le non français a affaibli Chirac sur la scène européenne, renforçant dans le même temps les positions britanniques. Tony Blair ne voulant pas porter le chapeau de celui qui aura enterré la Constitution, il préfère le laisser à Jacques Chirac, et opter ainsi pour la stratégie du wait and see. En effet, si d’autres référendums sont organisés et que le « Non » l’emporte au Luxembourg, au Danemark ou en Pologne, la Constitution sera définitivement enterrée sans que Tony Blair n’y risque son mandat.
Poursuivre le processus de ratification risque de mettre en cause l’édifice européen tout entier. Face à une vague massive de « non populaires », la stratégie de Jean-Claude Juncker - actuellement à la présidence de l’Europe -, soutenue pour l’instant par la France, l’Allemagne, et l’Italie, risque de subir un coup d’arrêt, stoppant la construction européenne pendant des années. Ainsi, d’autres résultats négatifs pourraient plonger la zone euro dans une véritable crise de confiance, et mettre à mal la légitimité démocratique de la construction européenne. Tony Blair pourrait alors reprendre la main en faisant des propositions au Conseil européen des 16 et 17 juin prochains, en dessinant une Europe un peu plus britannique et libérale. D’ailleurs personne ne doute que son semestre à la présidence de l’Europe, qui commence le 1er juillet, soit consacré à ces objectifs.
Deux conceptions s’affronteront ainsi vraisemblablement au Conseil Européen. D’une part, on trouvera ceux qui voudront la poursuite, voire l’accélération du processus de ratification, afin de donner aux opinions publiques l’image d’une Europe en marche. Un accord sur le budget européen pour la période 2007-2013 serait alors le bienvenu dans ce scénario.
D’autres part, certains pays voudront une période de réflexion, demandant à repousser la date limite des ratifications à 2007 afin d’aborder les référendums dans un contexte économique, espéré « meilleur », et avec un nouveau Président français dans la plénitude de ses pouvoirs. Par ailleurs, si des politiques tels Angela Merkel en Allemagne, et Nicolas Sarkozy en France, arrivaient au pouvoir, la vision britannique de l’Europe n’en serait que plus renforcée.
Fabio Liberti est Chercheur à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), spécialiste des questions européennes et de défense.
Fabio Liberti / Yahoo ! Actualités / 6 juin 2005
 Fabio Liberti
Chercheur à l'IRIS
|