
Selon l'hebdomadaire Newsweek, des gardiens de la base américaine de Guantanamo auraient profané le Coran, en jetant des exemplaires dans les toilettes. Cette révélation allait provoquer une émotion considérable dans le monde musulman débouchant sur d'importantes manifestations anti-américaines, et provoquant plus d'une quinzaine de morts en Afghanistan.
La Secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, de retour d'une visite en Irak, avait jugé cet article consternant, ajoutant qu'il avait causé beaucoup de torts dans les relations entre Washington et le monde musulman.
Le 16 mai Newsweek démentait sa version précédente qui était pourtant confirmée par d'anciens détenus britanniques de Guantanamo.
Difficile de démêler le vrai du faux. Les uns diront que Newsweek a publié trop tôt une information non vérifiée, d'autres que l'hebdomadaire a démenti sa première version du fait des pressions gouvernementales. Mais dans cette bataille de communication, on peut dire que le mal est déjà fait et que le fossé entre le monde musulman et les Etats-Unis s'est encore élargi. L'information est-elle exacte ou non? Nul ne peut le savoir, le problème étant que celle-ci est crédible.
Elle l'est parce que Guantanamo est une zone de non droit. Dès lors, on peut supposer qu'il n'y a guère de limitations fixées aux gardiens. Les révélations sur ce qui s'y est passé, ainsi qu'à la prison d'Abou Ghraib en Irak, montrent que les mauvais traitements sur les personnes par l'armée américaine sont une pratique assez répandue. Si on peut maltraiter des individus, on peut maltraiter un livre, fût-il sacré. La guerre d'Irak et la persistance du conflit israélo-palestinien confortent par ailleurs l'idée d'une politique américaine hostile à l'égard du monde arabe. Mais si cette information est crédible c'est aussi parce que le gouvernement américain l'est assez peu.
Personne n'a oublié que la guerre d'Irak a été déclenchée sur la base d'un mensonge à propos de la présence d'armes de destruction massive dans l'arsenal irakien. Pour beaucoup, le gouvernement américain fait de la manipulation de l'information, une arme de communication. Celle-ci est à double tranchant et peut fort bien se retourner contre ses auteurs.
Lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, alors qu'un émissaire américain apportait des photos au Général de Gaulle sur l'installation des bases soviétiques dans l'île, le Général de Gaulle avait dit : " Ce n'est pas la peine de me les montrer, je crois le Président américain sur parole ". Plus personne ne croit George W. Bush sur parole aujourd'hui. Lorsqu'un gouvernement pratique la désinformation, il subit le contre coup de la rumeur invérifiable.
Pascal Boniface / Yahoo ! Actualités / 20 mai 2005
 Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS
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