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Querelle de famille à Pékin

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Autrefois, dans les familles chinoises, l'idéal était de réunir quatre générations sous un même toit. Et c'est bien ainsi qu'il faut analyser les évolutions du partage du pouvoir en Chine et les querelles de succession qui semblent s'engager. Querelles peut-être, mais dans une même famille, qui partage les mêmes intérêts derrière les murs de Zhongnanhai, où cohabitent les dirigeants chinois.

Déjà, à l'époque soviétique, l'Occident qui voulait croire à l'évolution douce du système et à la détente aimait à diviser le pouvoir entre colombes et faucons, faisant ainsi les beaux jours des kremlinologues à l'affût de la moindre nuance. Ce faisant, on oubliait l'essentiel, la centralisation extrême du pouvoir, qui permettra à un homme quasiment seul au sommet du parti de faire brusquement basculer le système, parce qu'il avait compris l'impasse dans laquelle la Russie était engagée et décidé d'abandonner le combat.

De même en Chine, rien n'exclut aujourd'hui un basculement à la Gorbatchev. Nombreux sont sans doute les cadres du parti qui ressentent et comprennent la fragilité d'un système qui veut conjuguer ouverture capitaliste sans limites et fermeture politique frileuse. Mais ce basculement possible - mais non certain - demeure impossible à prévoir en raison même de la personnalisation du pouvoir et du talent de dissimulation indispensable pour s'élever jusqu'au sommet. La croissance économique du pays a également contribué, plus que dans l'ex-URSS, à créer dans les provinces les plus riches des féodalités puissantes qui cherchent à défendre leurs propres intérêts et limiteraient sans doute la liberté de manoeuvre du dirigeant suprême.

En attendant, Pékin a compris que le monde voulait du nouveau et des changements politiques pour accompagner la révolution économique que le pays a connue, mais qu'il se contenterait sans doute assez facilement de changements cosmétiques. Ce qu'il faut, c'est l'apparence du choix, qui justifie les stratégies d'apaisement mises en place au nom du réalisme, des intérêts économiques ou de la multipolarité, apparence de choix commodément symbolisée par les querelles réelles ou supposées au sommet du pouvoir.

Pékin, pour rassurer, a dans un premier temps mis en avant la douceur du processus de transmission du pouvoir : plus de querelles de clans, plus de conflits sanglants, plus d'appel au peuple et de luttes de factions comme à l'époque, toujours présente à l'esprit des dirigeants, du grand désordre de la Révolution culturelle. La quatrième génération - en attendant la cinquième - prenait naturellement la place de la précédente. Dans le même temps, le culte dû aux grands ancêtres fondateurs de la famille était toujours rendu, et les réformes politiques, menaçant les fondements mêmes de l'autorité du pouvoir en place, repoussées à un avenir toujours plus lointain.

Aujourd'hui - qui plus est à la veille des élections américaines -, on veut montrer qu'il existe des divergences et un "débat" au sommet du parti entre anciens et modernes, et que peut-être les "modernes" l'emporteront. Le IVe plénum du XVIe Congrès du Parti communiste chinois s'ouvre donc aujourd'hui, à Pékin, comme un conseil de famille censé trancher la querelle qui opposerait deux "têtes", Jiang Zemin, l'ancien président de la République et toujours chef de la Commission militaire centrale du Parti communiste, et Hu Jintao, nouveau président et chef du parti.

Chacun projette une image différente, nourrissant ainsi le besoin d'espoir des partenaires de Pékin. Soyons patients, puisque, au sommet, il y a lutte entre les réformateurs et les conservateurs. Soyons prudents et pas trop exigeants pour ne pas faciliter la tâche des nationalistes aventuristes. Soutenons le camp des réformes en n'exerçant aucune pression maladroite.

Mais en réalité, si lutte de clans et de réseaux il y a vraiment, cette lutte s'exerce dans un espace d'intérêts communs, celui de la survie du régime, et ne concerne que le partage des dépouilles d'un même pouvoir. Le IVe plenum du XVIe Congrès n'apportera donc pas de bouleversements majeurs. Il entérinera peut-être un recul de la vieille génération, ou le contraire... Le triomphe des "Trois représentations" de Jiang Zemin sur le "développement pacifique" de Hu Jintao, ou le contraire... Exprimant ainsi comme à l'époque maoïste une querelle de famille par une lutte de slogans.

Valérie Niquet - Le Figaro - 16 septembre 2004





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