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Etats-Unis : objectif pétrole
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Le pétrole est aussi précieux que le sang disait déjà Clémenceau au début du 20ème siècle. Depuis l’invention du moteur à explosion, il a en effet été l’objet de bien des convoitises et la source de nombreux conflits. Est-ce donc pour s’assurer le contrôle des secondes réserves mondiales prouvées de pétrole que les Etats-Unis veulent faire la guerre contre l’Irak comme cela est souvent avancé ? Ce n’est certainement pas la seule raison qui pourrait pousser Washington à prendre cette décision si lourde de conséquences. Mais si d’autres facteurs permettent d’expliquer l’envie d’en découdre avec Saddam Hussein qui anime la Maison Blanche, il est évident que le pétrole a une importance très grande pour les Etats-Unis. Le président Bush, le Vice-président Cheney et le Secrétaire au commerce Donald Evans sont tous d’anciens hommes d’affaires liés à l’industrie pétrolière. Quatorze des vingt-cinq plus grands contributeurs de la campagne présidentielle de Georges Bush provenaient des industries énergétiques.

Le pétrole a joué pour le développement industriel de ce pays un rôle comparable à celui tenu par le charbon par la Grande-Bretagne au 19ème siècle. Mais très rapidement au 20ème siècle la production nationale n’a plus suffi aux besoins de l’économie américaine et de sa rapide expansion. Il a été nécessaire de s’assurer un approvisionnement extérieur, d’où l’importance du Proche-Orient. Pour les Etats-Unis, il est vital d’être assuré d’un accès garanti à cette source d’énergie. En 1945, Roosevelt avait conclu avec les dirigeants saoudiens le pacte du Quincy - navire de guerre américain à bord duquel cet accord avait été signé – qui garantissait aux Etats-Unis l’accès au pétrole du royaume en échange de sa protection militaire. Les Américains n’ont pas réellement souffert du choc pétrolier de 1973 qui avait vu les cours du baril quadruplés. Ce dernier a plutôt frappé l’Europe et le Japon, qui importaient la quasi totalité de leur consommation et qui ont vu leurs économies fragilisées. Les sociétés pétrolières américaines qui contrôlaient alors la majeure partie du marché pétrolier, ont vu pour leur part leurs bénéfices exploser. Elles ont pu explorer des gisements à l’exploitation plus coûteuse mais devenus rentables grâce à la montée des prix. A l’époque, les Etats-Unis produisaient 520 millions de tonnes de pétrole et en importaient 280 millions. En 1978, ils en produisent 490 millions et en importent 400 millions. Aujourd’hui, la part de leurs importations sont 50% supérieures à leur production.

On prévoit que dans les vingt prochaines années, la consommation devrait augmenter d’un tiers, la production nationale ne représentera plus alors que le quart de la consommation. Les prévisions tablent sur une production de 350 millions de tonnes par an et un besoin total de consommation de 1300 millions de tonnes. Cela donne l’ampleur des importations nécessaires.

Le refuge national d’Alaska a des réserves pétrolières importantes. L’administration Bush voudrait ouvrir à l’exploitation ce territoire mais les écologistes y sont violemment opposés. Quant aux citoyens américains, ils n’ont pour le moment aucune envie de procéder à des économies d’énergie et sont électoralement très sensibles à l’augmentation des prix de l’essence. Avec 4% de la population mondiale, les Etats-Unis consomment pourtant 25% de l’énergie de la planète. L’Irak représente déjà 6% du total des importations américaines. Loin derrière le Canada (15%), le Venezuela (14%), l’Arabie Saoudite (14%), et le Mexique (12%). Par ailleurs, dans la compétition qui s’annonce avec la Chine, la bataille pétrolière sera également importante. La Chine veut réduire sa dépendance au charbon, beaucoup trop polluant. Son expansion la conduit de surcroît à augmenter sa consommation énergétique.

La Chine importait 3 millions de tonnes de pétrole en 1994, 22 millions en 1996 et 60 millions en 2000. Sous le seul effet de l’augmentation de la circulation automobile, la consommation devrait croître de 80% d’ici 2010. L’importation du pétrole devient donc stratégique pour Pékin. Contrôler le Proche-Orient pour les Etats-Unis serait donc également un moyen indirect de contrôler l’approvisionnement énergétique de la Chine, considérée par beaucoup d’Américains comme le principal adversaire, qui pourrait dresser contre eux dans les années à venir. Sécuriser leur propre approvisionnement et avoir un droit de regard sur le développement de la Chine sont certainement deux perspectives attrayantes pour Washington.

Nice Matin, Var Matin, Corse Matin – 16/12/2002




Pascal Boniface
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