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Rebond Allemand

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L'Allemagne est gagnée par le doute: une croissance en panne, un chômage en augmentation constante et le creusement du déficit public, proche du seuil fatidique de 3% du PIB fixé dans le Pacte de stabilité. La coalition gouvernementale rouge-verte, reconduite pour quatre ans, peut-elle réussir là où elle avait jusqu'à présent partiellement échoué: adapter le «modèle rhénan» à la donne de la mondialisation pour sortir l'économie allemande du marasme où elle s'est enlisée? Le premier gouvernement de Gerhard Schröder avait promis d'en finir avec l'immobilisme, mais le deuxième gouvernement se retrouve face au même problème de fond - le manque de réformes. Sa marge de manœuvre est très étroite, car aucun acteur politique et économique ne souhaite sérieusement la disparition de ce modèle. Mais à moins de remettre en question la totalité des «acquis sociaux», sa redéfinition est inéluctable. Confronté durablement au défi de l'unification intérieure (800 milliards d'euros depuis 1990), le chancelier Schröder a donc la redoutable tâche de moderniser l'Allemagne, en se fondant sur une acceptation raisonnée du changement. L'enjeu est fondamental, car l'Allemagne se situe au cœur de l'Europe et la compétitivité de l'espace économique européen dans son ensemble dépendra de son dynamisme retrouvé. Cette tâche s'accompagne cependant d'une nette volonté de maîtriser politiquement les défis liés à la mondialisation. Est-ce cet impératif de réformes qui a poussé Schröder à lancer pendant la campagne éléctorale le concept de «voie allemande» (deutscher Weg)? A des fins électoralistes, ce slogan signifiait d'abord le rejet d'une politique aventuriste, une fin de non-recevoir à la guerre préventive projetée par les Etats-Unis contre l'Irak. Cette touche de populisme émancipateur de l'influence américaine a attiré une partie de l'électorat de la gauche pacifiste. Plus fondamentalement, la formule qualifie à la fois la manière du chancelier d'envisager les relations internationales et la défense du modèle allemand d'économie sociale de marché mis en cause par «l'anglo-saxonisation» de l'économie mondiale. L'idée de voie allemande tend à confirmer une tendance de fond: la nouvelle génération de dirigeants allemands au pouvoir ne craint plus d'afficher l'attitude normale, décomplexée, d'un pays qui défend ses intérêts. Berlin se veut aujourd'hui une puissance politique autant qu'économique et entend le faire sur un pied d'égalité avec ses autres partenaires européens, en particulier la France. Le choix européen du gouvernement est assumé, mais l'Allemagne n'est plus l'élève-modèle, ni de l'OTAN, ni de l'UE. L'assurance retrouvée se traduit par le refus de toute participation allemande à une campagne militaire contre l'Irak ou à exiger la diminution de la contribution allemande au budget de l'UE. L'Allemagne est devenu un partenaire moins commode, comme la France. Même si le ministre des Affaires étrangères, Joschka Fischer, reste très attaché à un rapprochement franco-allemand sur la question de l'avenir institutionnel de l'UE, rien n'indique, à la vue notamment de la récession dans le pays, un assouplissement à venir de la position allemande sur des questions aussi fondamentales que la réforme de la PAC. La rhétorique sur la nécessité du moteur franco-allemand pour faire avancer l'Europe n'y changera rien. Il revient au nouveau gouvernement Schröder de faire en sorte que la voie allemande fasse son chemin jusqu'à la maison européenne rénovée. Mais il revient aussi aux dirigeants français d'exprimer une ambition nationale au service de l'Europe et non une ambition européenne au service de la France. Sinon, l'Allemagne pourrait, à plus ou moins long terme, adopter la tactique qu'elle a longtemps reprochée à la France: utiliser l'Europe pour exercer un pouvoir que Berlin, à elle seule, n'a pas.

Sud Ouest - 4 octobre 2002





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