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L'Afrique autrement

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A propos de l'Afrique, le pessimisme est tellement fort qu'on a forgé une expression qui revient sans cesse lorsqu'on évoque le continent : l'afro-pessimisme. Guerres civiles sans fin, affrontements interethniques où les atrocités sont quotidiennes, massacres de grande ampleur, dictatures aussi inefficaces que corrompues, gabegie et pillage des ressources naturelles, aide au développement détournée ou utilisée à des projets plus pharaoniques qu'utiles, chute du cours des matières premières, épidémie de sida, etc.

De la mondialisation, l'Afrique ne semble avoir reçu que le pire sans avoir accès au meilleur. Internet est loin d'y être une réalité. Il y a plus de lignes téléphoniques dans Manhattan que dans toute l'Afrique. Cette zone géographique de 700 millions de personnes représente moins de 2% du commerce mondial et 1% des investissements directs dans le monde, l'Afrique semble disparaître du paysage économique pour ne demeurer que dans celui des catastrophes. Même la France semble prendre ses distances en réaction à des proximités trop grandes dont l'image est liée à des réseaux peu recommandables où la corruption serait omniprésente.

Preuve de ce désintérêt ? Ni le président de la République, ni le Premier ministre n'ont assisté aux obsèques de l'ancien Président sénégalais Senghor, pourtant modèle d'homme de culture et de véritable démocrate, qui a su abandonner le pouvoir.

Ce tableau est cependant trop sombre pour correspondre à la réalité. Un chiffre tout d'abord. Pour la France, l'Afrique est loin d'être un trou sans fond, un tonneau des Danaïdes dans lequel on verserait de l'argent sans cesse et sans retour. Le solde positif de son commerce extérieur avec l'Afrique est de 26 milliards de francs pour un total d'échanges de 78 milliards. Pour comparaison ce solde est de 25 milliards pour l'ensemble de l'Union européenne pour un total d'échanges de 813 milliards. On le voit, s'occuper de l'Afrique, ce n'est pas seulement faire preuve de solidarité et de générosité, c'est aussi dans l'intérêt bien compris de la France. Les deux aspects ne sont pas contradictoires, ils sont complémentaires.

Depuis la dévaluation du franc CFA en 1994, il y a un redressement économique.

Dans l'Afrique francophone la croissance économique tend à dépasser la croissance démographique. Le nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique adopté par les pays membres de l'Union africaine (ex OUA) à l'automne dernier, témoigne d'une volonté de prendre en main son destin tout en refusant de s'en remettre automatiquement aux solutions préconisées par les systèmes financiers et pays donateurs.

Il préconise un plan de développement continental, basé sur un partenariat renforcé avec les pays industrialisés et les organisations internationales. La démocratie et la " bonne gouvernance " gagnent du terrain, même si beaucoup reste à faire. Une nouvelle génération de dirigeants africains a compris que la transparence et le respect des droits de l'homme, l'accent mis sur l'éducation et la santé publique étaient les meilleurs vecteurs pour obtenir des aides et assurer le développement économique de leur pays.

Mali, Sénégal, Côte d'Ivoire, Afrique du Sud, Botswana, Malawi, Tanzanie et Nigeria ont des démocraties dont les socles se consolident. Ces dirigeants luttent contre la mauvaise gestion des entreprises, l'hypertrophie et les nominations clientelistes qui rendaient leurs entreprises impropres à la compétition internationale. Des micro-entreprises se développent, bref, l'afro-optimisme pourrait remplacer sous peu l'afro-pessimisme.

Ainsi, des pays aussi divers que le Japon, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis s'intéressent de près à l'Afrique. Raison de plus pour que la France n'ignore pas les liens de l'histoire et tout le potentiel que des relations assainies avec les pays africains peuvent apporter à chacun des partenaires. C'est pour cela que la politique de coopération a été profondément modifiée il y a deux ans.

Et de nombreux responsables occidentaux ont compris après le 11 septembre, qu'aider à lutter contre la pauvreté, la misère et les zones de non-droit était non seulement généreux mais avisé dans leur intérêt même. Oui, peut-être qu'enfin 40 ans après les indépendances, l'Afrique est bien partie.

Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS

Article paru dans La Voix du Nord du 24/02 et dans Nice Matin, Var Matin, Corse Matin du 25/02





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