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La Chine et ses contradictions

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Comme dans le reste du monde, les places financières asiatiques ont enregistré l'ampleur du choc ressenti à la suite de la terrible attaque dont les Etats-Unis ont été victime le 11 septembre 2001. Tokyo, comme ses partenaires occidentaux, a subi une forte baisse initiale de plus de 6%. Le marché des valeurs chinoises lui-même, à la Bourse de Shanghai a chuté de plus de 4%. La crainte d'une récession aux Etats-Unis, d'une chute brutale de la consommation des ménages américains et plus généralement occidentaux, qui constituent les principaux marchés des exportations de la région, chinoises notamment, fait craindre à certains, particulièrement dans les pays d'Asie du Sud-Est encore très fragiles, une nouvelle récession. A Tokyo, une partie de la classe politique demande déjà au Premier ministre de renoncer à un plan de réforme trop drastique, dont les conséquences sociales et économiques, dans ces circonstances nouvelles, pourraient s'avérer insupportables pour le pays. Mais si les conséquences économiques du drame de New York et de Washington sont unanimement reconnues dans l'ensemble de la zone, au niveau politique, les réactions s'avèrent fortement contrastées et il est impossible de ne pas prendre en compte les éventuelles conséquences stratégiques de ces divergences.

Plus proche allié des Etats-Unis dans la région, alors que les bases américaines dans l'archipel ont été mises en état d'alerte maximum, le Japon est aussi celui qui a le plus souffert des attaques contre le World Trade Center. De très nombreuses entreprises japonaises, parmi les plus importantes, avaient leurs bureaux dans les deux tours. Plusieurs centaines d'employés japonais y travaillaient et si le nombre de victimes semble relativement limité dans leurs rangs, les conséquences en terme économique et d'infrastructure ne sont pas négligeables. Mais curieusement, en dépit de cette présence massive, le sort des japonais présents sur les lieux dans les bulletins d'information est resté très en retrait derrière la compassion exprimée pour les Etats-Unis eux-mêmes. Contraste saisissant à Pékin, où la première réflexion du porte-parole du gouvernement a été de mentionner le sort des nombreux chinois qui vivent aux Etats-Unis, pour simplement rappeler ensuite, sur un ton très officiel, la " condamnation du terrorisme par la Chine ". De même, le Premier ministre japonais Koïzumi, comme l'avaient fait tous les dirigeants des grandes puissances occidentales, s'est exprimé fortement en public. En revanche, l'absence de la direction chinoise et de son chef, le président Jiang Zemin, qui n'a au contraire effectué aucune appariation publique marquante, est mal compensée par l'annonce d'un appel téléphonique au président Bush pour exprimer des condoléances très formelles.

Surtout, l'atmosphère autorisée à sur les sites Internet chinois pourtant sévèrement contrôlés en dit long sur les sentiments réels des autorités. Sur ces sites, l'arrogance américaine est dénoncée, le rappel du bombardement de l'Ambassade de Chine à Belgrade constant. Des sentiments de revanche s'expriment ouvertement, toutes les frustrations d'une puissance chinoise peu sûre d'elle-même, prompte à officiellement encourager les sentiments nationalistes les plus volatiles, s'expriment sans retenue. Le quotidien officiel China Daily, dénonce comme cause première des attentats la mondialisation, l'hégémonisme et l'unilatéralisme.

Plus lourd de conséquences encore pour les équilibres régionaux, en dépit du soutien de la Chine à la lutte contre le " terrorisme ", les premières mises en garde de Pékin contre les risques " d'ingérence " se sont d'ores et déjà exprimées. Les analystes dénoncent toute éventuelle intervention de l'OTAN hors d'Europe sans consultation et sans implication de l'ONU. Comme si Pékin mettait sur le même plan l'action des forces de l'OTAN au Kossovo et la situation actuelle. Comme si une éventuelle intervention de l'OTAN aujourd'hui n'apparaissait aux yeux des dirigeants chinois que comme une nouvelle et simple expression de la volonté d'hégémonisme des Etats-Unis.

\Mais au-delà du rôle de l'OTAN, c'est toute l'ambiguïté des positions de Pékin, qui cultive des liens étroits avec l'ensemble des Etats parias de la planète - dont le Soudan - qui apparaît ici. Pour tenter d'échapper sur son territoire, au Xinjiang, à l'offensive des organisations islamistes radicales, la RPC a tenté d'ouvrir des contre-feux avec la Russie et les Etats d'Asie centrale au sein du Groupe de Shanghai. Mais dans le même temps, le Pakistan fragilisé reste le principal allié de la RPC dans la région. La coopération militaire ne s'interrompt pas et, à la veille des attentats de New York, une délégation chinoise signait à Peshawar un accord de " coopération économique et technologique " destiné à apporter l'aide de Pékin au régime des Taliban en échange sans doute d'un non-engagement de ces derniers au Xinjiang. n

C'est donc tout le nouveau grand jeu stratégique qui était en train de se mettre en place en dans la zone, avec notamment la réactivation du triangle Pékin, Moscou, Washington, qui pourrait se voir remis en cause par les attentats de New York si la responsabilité des mouvements islamiques les plus radicaux se voyait confirmée. Les Etats-Unis exigeront sans doute un positionnement clair, des choix sans ambiguïtés auxquels la RPC a toujours cherché à se soustraire. Mais si Pékin n'y prend pas garde, seul celui de l'isolement et de la mise à l'écart lui restera en Asie face aux Etats-Unis, à la Russie, à l'Inde et au Japon unis contre un même objectif.

Le Figaro - 24/09/2001





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