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Revue de presse
Sociologie des relations internationales africaines
Luc Sindjoun - Paris, Karthala, 2002, 247 p.

De façon claire et pédagogique, le politiste camerounais Luc Sindjoun, président de l’Association africaine de science politique, pose ici les premiers jalons d’une réflexion sur les relations internationales (RI) africaines en tant que champ d’interrogation théorique. Cet ouvrage richement documenté (tableaux, cartes, bibliographies à chaque fin de chapitre) permettra, on le souhaite, d’initier des débats dans ce domaine, en ce qu’il vient combler un terrain encore peu défriché et dominé par l’analyse en termes de chaos, marginalisation du continent, désordre politique, ethnicité et prédation économique. Pour ce faire, l’auteur a choisi de faire appel aux grands concepts théoriques ayant marqué la discipline dans les pays occidentaux (réalisme et transnationalisme en particulier), pour les confronter successivement aux réalités africaines. L’aspect « catalogue » que cette démarche revêt inévitablement est pourtant compensé par la validité et la pertinence des analyses développées à cette occasion.

Deux grandes parties permettent ensuite de comprendre l’extraordinaire relativité de la théorie face aux réalités africaines, et peut-être la faiblesse des analyses sur ce type de problématique, en Afrique tout comme en Europe. La première partie de l’ouvrage, consacrée à « la configuration des relations internationales africaines entre État et transnation », montre par exemple le caractère fondamentalement interétatique des relations internationales africaines, malgré la remise en cause de l’approche réaliste exclusive d’explication des phénomènes internationaux. La création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), en 1963, en est une illustration par le choix qu’elle entérine et la victoire d’un mode d’association et d’une société intrinsèquement interétatique face à la proposition unitaire panafricaniste. La souveraineté étatique y apparaît comme un paramètre incontournable, liée aux indépendances en série (prolifération étatique) qu’ont connu une multitude de nouveaux acteurs, désormais brutalement confrontés à la nécessité de se comporter convenablement les uns vis-à-vis des autres. Pourtant, la remise en cause de l’État par la concurrence d’une foule d’acteurs transnationaux, producteurs de flux dépassant les frontières étatiques souvent illusoires, y trouve de nombreuses expressions rendant le paradigme de la transnationalité opératoire et pertinent en Afrique. Les flux migratoires (au premier rang desquels les flux de réfugiés), les solidarités linguistiques et ethniques, les flux générés par l’économie informelle, l’économie criminelle ou de contrebande, par leur ampleur, leur permanence et leur dissémination géographique créditent en effet l’analyse transnationale des relations internationales africaines. Ainsi, pour dépasser la contradiction entre le domaine de la souveraineté et celui de la transnationalité, l’auteur propose le modèle de la « configuration » (p. 124), pour penser les « interrelations » africaines. On regrette cependant que ce concept ne soit pas plus développé en tant que tel.

Dans la deuxième partie, l’auteur interroge le concept de puissance sur le continent africain. Après avoir montré la prudence avec laquelle il convient de se référer à cette approche, dans ses déclinaisons classiques (territoire, démographie, richesses naturelles, atouts économiques et technologiques), l’auteur entrevoit des champs d’analyse féconds pour la puissance dans les relations internationales africaines. « Le facteur organisationnel de la puissance » (p. 204) permet de comprendre la quête de sens des États africains activement diplomates – en particulier les États auréolés par leur expérience démocratique comme le Mali et le Bénin, bénéficiant d’une nouvelle capacité d’attraction –, le leadership régional – revendiqué en outre par le Nigeria avec la création de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et le rôle recherché au sein de cette organisation –, la notion de puissance symbolique et la volonté de donner du sens – la « renaissance africaine » du président sud-africain Thabo Mbeki – et, plus récemment, l’expression d’une volonté de parler au nom de l’Afrique – les différentes propositions de plan de développement continental, ayant abouties à l’adoption du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).




Note rédigée par : Fanny CHABROL - été 2003


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