
Cet observateur géopolitique, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques, signe une Lettre ouverte à notre futur(e) président(e) de la République sur le rôle de la France dans le monde (Armand Colin).
Qu'est-ce qui dans l'évolution du monde, change le plus la donne internationale ?
Après la chute du mur de Berlin, puis le 11-Septembre, ce qui change le plus, c'est la diversification du monde. En dépit d'une puissance sans équivalent, les Etats-Unis ne peuvent pas imposer leurs vues aux autres. Ils restent souvent impuissants. On le voit en Irak. La montée en puissance de la Chine et de l'Inde est une tendance lourde, de même que le retour en force de la Russie, grâce à ses ressources pétrolières.
De nouvelles menaces sont-elles à prendre en compte ?
Plus que le terrorisme ou la prolifération des armes de destruction massive, ce qui menace le plus l'avenir de l'humanité, c'est le réchauffement climatique. Autre défi de sécurité, la disparité entre riches et pauvres, qui n'est pas nouvelle s'accroît du fait de la mondialisation. J'y ajoute la place grandissante de l'opinion dans les relations internationales. D'où l'importance de prendre conscience que d'autres perceptions que la nôtre existent. Enfin, la multiplication des acteurs - organisations internationales et non-gouvernementales, firmes multinationales, etc. - complique le processus de décision.
Quelles devront être les premières priorités de notre futur(e) président(e) ?
La première sera, bien sûr, la relance européenne, puisqu'il y a panne. Cela ne sera possible qu'avec un projet qui réconcilie une partie de la France du " oui " et une partie de la France du " non ". Il est illusoire de penser qu'on puisse faire comme si le " non " n'avait pas existé. En termes stratégiques, le défi le plus grave est celui des relations avec le monde arabo-musulman. Faire en sorte qu'il y ait de nouveau une gestion internationale du conflit israélo-palestinien est une priorité tant nationale qu'internationale.
La politique étrangère est-elle assez présente dans la campagne ?
Chaque candidat a donné l'impression qu'il y avait plus de coups à prendre que de points à gagner dans ce domaine. Les relations avec les Etats-Unis, le Proche-Orient sont des sujets très sensibles en France. Pour l'instant, il n'y a pas de débat contradictoire et la prudence l'emporte. Chez Nicolas Sarkozy comme chez Ségolène Royal, c'est la continuité qui domine, dans la fidélité des principes traditionnels de la Ve République. En dépit de sensibilités différentes, il n'y a pas deux modèles opposés.
Pascal Boniface par Joseph Limagne / Ouest France / 13 mars 2007
 Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS
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