
Désavoué sur les orientations de politique internationale, Romano Prodi, le Premier ministre italien, a remis sa démission au président de la République le 21 février. Fabio Liberti, chercheur à l'IRIS, et spécialiste de la vie politique italienne, pointe du doigt les travers de la loi électorale du pays, qui vouent le gouvernement à l'instabilité.
Le gouvernement italien tombe, après seulement neuf mois d'existence, suite à la défection de deux parlementaires de la coalition au pouvoir, en signe de protestation contre l'autorisation de l'élargissement d'une base américaine à Vicence (un échec qu'avait déjà connu Prodi en 1998). Etait-ce prévisible ?
La démission de Prodi n'est pas vraiment une surprise, même si il n'y était pas obligé. Massimo d'Alema, le ministre des Affaires étrangères avait dramatisé l'enjeu du vote sur les projets de politique internationale. Dès le début de son mandat on savait le gouvernement fragile, avec une faible majorité au Parlement. Mais après cinq ans d'opposition, la gauche italienne avait de quoi espérer. La situation diffère de celle de 1998 où Prodi démissionnait après l'échec d'un vote de confiance. A l'époque c'est Rifondazione comunista (parti issu de la division du parti communiste italien en 1991) qui l'abandonnait, pour des raisons de politique sociale. Aujourd'hui, ce dernier le soutient, mais à l'intérieur de son gouvernement, ce sont deux Sénateurs de la gauche radicale qui ont voté contre les grandes lignes de sa politique étrangère.
Quelle est la principale faiblesse de la gauche réformiste italienne ?
On pourrait faire un parallèle avec la situation française, en comparant la gauche réformiste italienne au PS. Sa base électorale étant de 30 ou 35%, elle est obligée de trouver un accord avec l'extrême gauche. Or, en Italie, la loi électorale actuelle donne à tous les partis un accès très facile au droit de veto. Il suffit qu'un parti obtienne 1 ou 2% et élise un sénateur pour exprimer son veto. Les petits partis, pléthoriques en Italie, s'opposent à une réforme de ce droit de veto. La seule issue serait un accord entre les grands partis.
Nombre de commentateurs envisagent un gouvernement Prodi bis. Quelles sont les autres hypothèses ?
Prodi peut effectivement obtenir un nouveau mandat, avec la même majorité. Dans ce cas, il prend un risque car la même situation peut se reproduire dans les 6 mois. Deuxième option : un élargissement de la majorité est envisagé, en tenant compte des sénateurs de droite qui ont pris leur distance avec le gouvernement de Silvio Berlusconi. Cinq à dix sénateurs de sensibilité de droite pourraient soutenir un nouveau gouvernement Prodi. On peut citer par exemple le mouvement Italia di mezzo (ancien UDC, Union des démocrates chrétiens et des démocrates du centre). A noter que cette situation serait très mal perçue par les électeurs. Troisième option : le retour aux urnes, si aucune majorité stable n'est possible, ce qui signifie un suicide de la gauche italienne. Enfin, la dernière possibilité envisageable serait la formation d'un gouvernement de transition, pendant un ou deux ans, le temps de réformer la fameuse loi électorale italienne. Mais je vois mal des dirigeants italiens lâcher volontairement les rênes et accepter le principe d'une démission après une période de transition…
Fabio Liberti par Solenne Marion / Marianne.fr / 22 février 2007
 Fabio Liberti
Chercheur à l'IRIS
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