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La Syrie est-elle suicidaire à ce point ?

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Barah Mikaïl est chercheur sur le Proche-Orient à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).

Pourquoi Pierre Gemayel, pourquoi maintenant ?

Plus que pour ses fonctions, il a été visé pour le symbole qu'il représente. Il était l'héritier de la famille Gemayel, qui a marqué l'Histoire du Liban. Son grand-père, Pierre, a fondé les Phalanges, son oncle Béchir a dirigé les Forces libanaises avant de devenir président et d'être assassiné. Enfin, son père, Amine, a également été président entre 1982 et 1988.

Cette dynastie Gemayel a marqué la vie libanaise, notamment au moment de l'indépendance en 1943 et à la fin des années 70 et au début des années 80. L'action des Gemayel portait une vision spécifique, chrétienne, de l'avenir du Liban. C'est cette vision que l'on a voulu atteindre en assassinant Pierre Gemayel. Quant au timing, difficile de répondre sans savoir qui sont les commanditaires de l'attentat.

Justement, à qui profite le crime ?

Il s'agit d'une tentative de déstabilisation qui est destinée à accroître la polarisation politique du pays. En fait, deux coupables sont envisageables : la Syrie ou les autres.

La piste syrienne et de ses alliés locaux, le Hezbollah et Amal, est la plus évidente. Mais elle se heurte néanmoins à plusieurs contradictions. Tout d'abord, Damas prépare un rapprochement avec l'Irak (ndlr : les deux pays ont rétabli leurs relations diplomatiques mardi), et donc indirectement avec les Etats-Unis. Ce rapprochement pourrait être mis à mal par l'assassinat de Pierre Gemayel. De son côté, le Hezbollah s'apprêtait à demander aux Libanais de descendre dans la rue pour manifester contre le gouvernement. Or l'assassinat va renforcer ce dernier contre l'opposition. Enfin, à l'Onu, l'attentat va isoler la Syrie. Il a notamment renforcé la Conseil de sécurité dans sa mise en place du tribunal chargé de juger les tueurs de Rafic Hariri, pour lequel Damas est soupçonné. Le régime de Bachar el-Assad est-il suicidaire à ce point ? C'est possible.

Mais il ne faut pas pour autant écarter les autres pistes. Et là, il y a en a beaucoup trop pour avoir une idée claire.

L'attentat fait ressurgir le spectre d'une nouvelle guerre civile.

Il y a en effet de gros risques qui tiennent à la particularité du Liban : la classe politique est cloisonnée par sa marque confessionnelle. Les leaders ne peuvent pas exister en dehors de leur confession. A terme, leur affrontement est inévitable. Reste donc à savoir si la logique confessionnelle sera poussée à son extrême. Si c'est le cas, la base et les sympathisants des différentes formations politiques pourraient se rallier à leurs chefs. L'affrontement politique deviendrait alors confessionnel.

A ce sujet, l'attitude du général Aoun sera déterminante. Chrétien, il s'est rallié au bloc chiite mené par le Hezbollah. Cette alliance a pour l'instant évité la division des Libanais entre chiites et non-chiites. Sera-t-elle maintenue ?

Barah Mikaïl par Fabrice Aubert / LCI.fr / 22 novembre 2006



Barah Mikaïl
Chercheur à l'IRIS


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