
Jean-Yves CAMUS, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques
Quelle est l'origine des courants traditionalistes et lefebvristes ?
Historiquement, traditionalisme et intégrisme sont liés aux idéologies contre-révolutionnaires du XIXe siècle. Par la suite cet "intransigeantisme" religieux s'est incarné dans des mouvements de résistance au modernisme, comme la Sapinère, au début du XXe siècle, ou le Coetus internationalis Patrum, qui rassemblait les Pères du Concile opposés à la tendance réformatrice de Vatican II (1962-1965). Mgr Lefebvre, fondateur de la Fraternité Saint-Pie X, en faisait partie. Un autre mouvement, la Cité catholique, a eu une influence non négligeable dans l'Eglise de France (5 évêques en 1958) et chez les militaires partisans de la présence française en Algérie.
Traditionaliste et intégriste : quelle définition donner à ces deux termes ?
L'intégriste s'arc-boute sur le dogme et le traditionaliste sur la liturgie. Pour résumer, l'intégrisme resterait fidèle à l'Eglise d'avant Vatican II, tandis que le traditionalisme ne s'attacherait qu'aux formes extérieures du culte, comme la liturgie. Or, on retrouve dans ces deux mouvances le même anti-judaïsme théologique, la même littérature contre-révolutionnaire et les mêmes références à des conspirations de toutes sortes. Le traditionalisme n'est, à mes yeux, qu'une souplesse tactique pour échapper au soupçon d'extrémisme, très péjoratif dans notre pays.
L'intégrisme est-il d'extrême droite ?
Un lien de parenté s'est établi entre l'intégrisme et le parti (royaliste) d'Action française, jusqu'à sa condamnation officielle par Pie XI en 1926. Pour autant, l'extrême droite n'est pas franchement marquée par le catholicisme intégral. Cette dernière puise surtout ses thèmes dans le nationalisme et le "culte de la terre et des morts", développé par Maurice Barrès. Aujourd'hui, il n'existe pas de parti intégriste en Europe. En revanche, si la majorité des formations d'extrême droite ne s'inspire pas du catholicisme, une grande partie des catholiques intégristes sont proches de l'extrême droite. Mais ce qui est évident chez les cadres ne s'applique pas forcément aux électeurs.
Jean-Yves Camus par S.L. / Pèlerin / 19 octobre 2006
 Jean-Yves Camus
Chercheur associé
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