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Des murs en guise de frontières

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L’Arabie saoudite va murer sa frontière avec l’Irak. Par crainte d’infiltrations de combattants islamistes et d’un afflux de réfugiés. En ce moment, le royaume saoudien ne paraît pas vouloir parier un pétrodollar sur la stabilisation de l’Irak. La preuve : Riyad a décidé de se lancer dans la construction d’une barrière de protection ultrasophistiquée tout au long des 900 kilomètres de frontière qu’elle partage avec son voisin du Nord. Selon des informations parues récemment dans la presse britannique, le rempart du royaume sera constitué de deux hautes barrières métalliques surmontées par des barbelés. Elles seront construites à 90 mètres l’une de l’autre. Entre les deux: une pyramide de barbelés.

Mais les obstacles les plus efficaces seront invisibles comme les détecteurs de mouvement dissimulés dans le sol ou les caméras thermiques dont cette frontière high-tech sera équipée. Coût estimé de l’ouvrage qui pourrait être achevé à l’été 2008: plus de 700 millions de francs suisses.

Avec cette barrière, l’Arabie saoudite veut empêcher que des insurgés islamistes actifs en Irak — parmi lesquels des Saoudiens — ne pénètrent dans le royaume et y continuent leur combat. Ce mur devrait aussi servir à mettre un terme au trafic de contrebande entre les deux pays. Mais Riyad redoute aussi que l’Irak implose. Dans ce cas, cette muraille devrait empêcher un afflux de réfugiés au Sud du royaume, là où vit sa minorité chiite et où sont situés de nombreux champs pétroliers

En ce début de XXIe siècle, le projet saoudien est loin d’être unique. Dans la région, il y a déjà le mur qu’Israël édifie en invoquant des impératifs de sécurité. Plus au Sud, les Emirats arabes unis bâtissent, eux aussi, une barrière — destinée celle-ci à dissuader les immigrants illégaux — à leur frontière avec le sultanat d’Oman. Le rempart de 1120 km que les Etats-Unis viennent de décider de construire au Sud du pays a la même fonction: freiner l’arrivée des clandestins arrivant du Mexique. Quant à l’Inde, elle est en passe de surpasser la Chine et sa célèbre muraille de 3000 km. Depuis quelques années, elle a entrepris de verrouiller son accès aux habitants du Bangladesh désireux de tenter illégalement leur chance chez le grand voisin de l’Ouest avec une barrière de 4000 km. Un rideau de fer serait aussi envisagé entre la Chine et la Corée du Nord, mais Pékin dément.

Pourquoi ces nouveaux murs?

Pascal Boniface : C’est une conséquence de la globalisation. Dans un monde où les déplacements des personnes et des biens sont facilités, les frontières ne sont plus censées être des barrières. Alors, face à des afflux de population non maîtrisés ou à d’autres menaces, des Etats érigent des murs pour protéger physiquement leur territoire.

Ce phénomène va-t-il s’amplifier?

Oui. Il n’a rien à voir avec le Mur de Berlin qui empêchait des gens de partir. Ces murs se construisent face à ceux qui veulent entrer. Pour la plupart, ce sont des murs de riches face aux pauvres.

Est-ce légal de construire une barrière à sa frontière?

Absolument. Chaque Etat en a le droit, pour autant qu’il le construise sur son propre territoire. Ce qui n’est pas le cas, par exemple, du mur israélien.

Sont-ils efficaces?

A court terme, peut-être. Mais la véritable solution, c’est de mettre fin aux causes des menaces, qu’elles soient sécuritaires ou économiques. Le mur israélien n’a pas épargné à ce pays les roquettes du Hezbollah. C’est une paix au Proche-Orient qui serait la meilleure protection. La barrière américaine va freiner le flux des immigrants, mais c’est seulement la fin des inégalités économiques, grâce à un développement du Mexique et des pays voisins qui mettra un terme à cette immigration illégale.

Pascal Boniface par Anne Kauffmann / 24H-Lausanne / 19 octobre 2006



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS


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