
Georges Le Guelte, directeur de recherche auprès de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), ancien adjoint au directeur des relations internationales du Commissariat à l'énergie atomique, responsable du Club nucléaire.
Que vous inspire l'essai nucléaire nord-coréen ?
Le régime de Pyongyang a démontré hier qu'il était en mesure de développer un arsenal d'armes nucléaires. C'est assez regrettable, car cela fait des années que les Nord-Coréens font avancer leur programme, et que l'on ne fait rien pour les en empêcher. Depuis des années, nos informations nous indiquaient que ce pays disposait de suffisamment de plutonium pour construire entre deux et six armes.
Ont-ils été aidés dans cette élaboration ?
Oui. Il est possible qu'ils aient bénéficié de l'aide d'Abdul Kader Khan (père de la bombe atomique pakistanaise, ndlr), ainsi que des plans d'une bombe chinoise que le Pakistan a reçus de la Chine en 1985. En somme, la Corée du Nord disposait d'assez d'éléments pour mettre au point cette bombe.
Comment expliquez l'inaction de la communauté internationale dans ce dossier ?
Voilà le vrai problème. Les Etats-Unis ont préféré jouer la carte de la menace de représailles liées à leur propre arsenal. Il aurait été plus judicieux d'instaurer un dialogue, comme les Américains l'ont fait avec la Libye. Il fallait faire la proposition suivante : demander aux Nord-Coréens d'arrêter leur programme nucléaire, et en échange, lever les sanctions et rétablir les relations diplomatiques. Mais, en période de campagne électorale, cette attitude n'aurait guère plu à l'aile conservatrice américaine.
Quels sont les risques immédiats à craindre dans la péninsule asiatique ?
Au Japon, en Corée du Sud, à Taïwan, les fractions nationalistes de l'opinion vont se faire entendre et demander que l'on augmente les crédits de défense, afin d'acheter de nouveaux équipements d'armements. Mais, le plus grave, c'est qu'il n'est pas acquis que la Japon s'interdise dorénavant de fabriquer des armes nucléaires.
Georges Le Guelte par A.C. / Métro / 10 octobre 2006
|