
Jean-Yves Camus, chercheur à l'IRIS, rappelle que, malgré sa forte présence dans les manifestations, la droite radicale a peu de poids politique.
Les élections municipales de dimanche apparaissent donc comme un test important pour le Premier ministre, Ferenc Gyurcsany, comme pour le leader de l'opposition, Viktor Orban.
Jean-Yves Camus, vous êtes chercheur associé à l'Institut des relations internationales et stratégiques. Vous êtes notamment l'auteur de Extrémismes en France : faut-il en avoir peur ? (Editions Milan, 6,5 €). Selon vous, le mensonge du Premier ministre Gyurcsany - qui lui a permis de remporter les législatives - n'est-il qu'un prétexte aux manifestations ? Y a-t-il un réel mouvement de fond contre sa politique ?
Cet "aveu" est une grave maladresse politique. Mais il faut le remettre dans un double contexte. D'abord, depuis le printemps, le gouvernement est en difficulté puisqu'il a fait campagne sur la promesse d'une augmentation du pouvoir d'achat et une sortie de la crise économique. Or il a mené, depuis son élection, un plan d'austérité qui fait de nombreux mécontents.
Par ailleurs, si la droite radicale mène le jeu sur le terrain, c'est Viktor Orban, l'ancien Premier ministre, et son parti de droite, le Fidesz, qui espèrent en tirer les fruits lors des municipales du 1er octobre. Ces manifestations arrivent à quelques semaines d'un autre grand rendez-vous pour Orban, celui de l'anniversaire du soulèvement anti-soviétique de 1956. Or, l'ex Premier ministre ne cesse d'accuser le gouvernement et la gauche en générale d'être composée d'anciens apparatchiks de l'époque communiste.
En s'alliant à l'extrême droite, notamment lors des meetings, la stratégie de la droite, Orban en tête, n'est-elle pas contreproductive ?
C'est possible. L'agitation ultranationaliste donne une mauvaise image de la droite modérée et, plus globalement, de la Hongrie qui pourrait se faire rappeler à l'ordre par l'Union européenne. Ensuite, une partie de la population hongroise, pourtant mécontente de la phrase de Gyurcsany, le soutient parce qu'il ne cède pas à la pression de la rue : elle interprète cela comme une preuve de fermeté. Enfin, beaucoup se rendent compte que le programme de certains partis d'extrême droite est irréalisable, comme celui du "Mouvement des 64 comtés" qui entend reconstituer la Hongrie d'avant-1920. Ce qui signifie reprendre des territoires à la Roumanie, la Slovaquie, la Serbie, l'Autriche et l'Ukraine.
Quel est le poids réel de l'extrême droite en Hongrie ?
Electoralement, elle est extrêmement minoritaire puisqu'elle n'a pas dépassé la barre des 5% qui lui permet d'être représentée au Parlement. Son principal parti, le MIEP, tourne autour de 4,5%. Le reste est constitué du "Mouvement des 64 comtés", du mouvement nationaliste Jobbik et d'une myriade de groupuscules, parfois franchement néo-nazis. Cependant, la perception de l'ultranationalisme n'est pas le même chez nous et en Europe de l'Est, où la notion d'irrédentisme est très importante. L'une des raisons de l'agitation de la droite radicale concerne ainsi le sort des minorités hongroises en Roumanie et en Slovaquie. Malgré tout, n'oublions pas que la Hongrie est une démocratie où les droits de l'homme sont les mieux respectés de toutes les anciennes républiques populaires.
Les élections municipales du dimanche 1er octobre deviennent-elles de fait un référendum pour ou contre Gyurcsany ?
Il est certain que le scrutin, dont l'enjeu national était déjà lancé, va prendre une tournure différente. S'il est favorable au gouvernement, il marquera la fin des manifestations ou alors leur poursuite sous une forme encore plus radicale. S'il est favorable à l'opposition, Gyurcsany devra en tirer les conséquences. Il est difficile de faire un pronostic, sauf pour affirmer que l'extrême droite ne devrait pas tirer profit de la crise.
Jean-Yves Camus par Fabrice Aubert / LCI.FR / 26 septembre 2006
 Jean-Yves Camus
Chercheur associé
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