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L'Iran est le vrai vainqueur de la 6e guerre israélo-arabe

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Alors que la trêve entre le Hezbollah et Israël est entrée aujourd'hui dans son quatrième jour, la nouvelle paix israélo-libanaise reste fort vulnérable. Barah Mikaïl, chercheur à l'Institution de relations internationales et stratégiques (Iris) (Paris) et auteur du récent livre «La politique américaine au Moyen-Orient», fait le point sur la situation.

Tant le Hezbollah qu'Israël revendiquent la victoire de cette 6e guerre israélo-arabe. Qu'en est-il selon vous?

Il va de soi que ni Israël ni le Hezbollah ne peuvent se targuer d'une quelconque victoire.

Sur le plan médiatique, c'est Israël qui a perdu la guerre de l'image. Même les médias américains, qui sont plus conciliants avec Israël, étaient remontés face à la détresse de la population libanaise et la destruction des infrastructures.

Sur le plan militaire, aucune partie n'a gagné la guerre, mais il est clair que le Hezbollah a marqué des points: il a asséné des pertes importantes à Israël, contrairement à ce qui prévaut dans les territoires palestiniens.

Ce qui est en jeu maintenant, c'est la victoire diplomatique. C'est la phase dans laquelle on est entrés il y a quelques jours. Désormais, chacune des deux parties va essayer de tirer profit du flou de la résolution onusienne 1701, base de la trêve, en vue de l'adapter à ses propres intérêts.

Rappelons d'emblée que la résolution ne parle pas de «cessez-le-feu» mais d'un «arrêt des hostilités». C'est une preuve qu'on ne peut pas parler de quelque chose de durable.

En outre, le Hezbollah estime que cette résolution ne parle pas clairement de son désarmement et de ce fait, il n'y a pas de nécessité pour lui de désarmer.

Par ailleurs, les termes de la résolution - «il faut que le Hezbollah arrête ses attaques d'une part, et que les Israéliens arrêtent leurs attaques d'autre part et se retirent graduellement du territoire libanais» - ressemblent très fort à la configuration de la fameuse feuille de route qui devait mettre un terme au conflit israélo-palestinien. Celle-ci n'était pas suffisamment précise pour permettre aux parties de faire des progrès sur le terrain.

C'est pourquoi je crains que les interprétations des uns et des autres par rapport au flou de la résolution 1701 ne fasse qu'asseoir une période de gestation et bloquent une configuration effective de sortie de crise.

Comment jugez-vous le rôle qu'a joué la communauté internationale, et notamment les états-Unis?

Cet événement a surtout souligné l'incapacité de la communauté internationale à peser indépendamment de l'ascendant américain. C'est-à-dire d'aller dans un sens radicalement opposé aux USA.

Et là, il y a une continuité dans la configuration des relations internationales: la communauté internationale a mis un mois à valider une résolution onusienne, notamment du fait de l'insistance américaine sur l'obtention d'une force internationale avant même de s'accorder sur un cessez-le-feu. Tout cela a conforté, tant Israël que le Hezbollah, dans leurs convictions respectives que le système onusien ne répond pas à leurs aspirations respectives et qu'il faut se jouer des dispositions du droit international afin de garantir des avancées stratégiques sur le terrain.

Pourquoi les USA ont-ils fini par assouplir leur position quant à un arrêt des hostilités?

Ce sont les blocages de la situation militaire qui ont amené l'administration américaine à revoir ses revendications. On voyait bien que la situation d'Israël n'était pas tenable sur le terrain: plus ils avançaient, plus ils subissaient des pertes qui ont d'ailleurs eu un grand effet sur l'opinion publique israélienne. Les USA cherchaient donc une configuration permettant à Israël de reprendre son souffle.

Je crains qu'après cette «pause», les parties puissent effectivement se laisser à nouveau entraîner dans une spirale de violence.

Une violence qui pourrait être issue du refus du Hezbollah de désarmer?

Le désarmement du Hezbollah restera une question centrale pour Israël, les USA ainsi que les membres du Conseil de sécurité de l'Onu. Ceux-ci n'ont pas formulé concrètement ce désarmement dans la résolution pour ne pas mettre le gouvernement libanais en difficulté. La validation par le gouvernement libanais d'une résolution sommant le Hezbollah de désarmer aurait provoqué une rupture dans les tractations entre le gouvernement et le Hezbollah. Et ce dernier a le vente en poupe auprès de l'opinion publique libanaise et arabe. Ces derniers voient d'ailleurs en Hassan Nasrallah, leader du mouvement, un nouveau Nasser. Le gouvernement libanais ne peut donc pas mettre de côté un parti qui s'est relégitimé. Désormais, le gouvernement libanais devra pousser le Hezbollah à se faire à l'idée de désarmer à terme en lui offrant des motifs convaincants. En déployant l'armée libanaise sur l'ensemble du territoire, en menant à bien le retrait des Israéliens et en répondant aux intérêts nationaux libanais. Ce ne sera pas une mince tâche.

Est-ce que l'Iran et la Syrie ont tiré leur épingle du jeu?

Dire que le Hezbollah n'est qu'une simple marionnette iranienne n'est pas juste. Certes, il a besoin du soutien de l'Iran et de la Syrie, mais ces acteurs agissent indépendamment l'un de l'autre.

Je crois que l'Iran est le vrai gagnant de cette situation: il est éloigné géographiquement, le pays a compris qu'il n'y aura pas d'opération militaire contre lui; donc tout ce qu'il a à faire, c'est jouer sur plusieurs tableaux. En faisant valoir ses relations avec les formations chiites irakiennes, en faisant valoir sa connexion avec le Hezbollah, et en s'érigeant comme puissance en montée dans la région.

La France a d'ailleurs souligné «le rôle stabilisateur de l'Iran», et les USA ont évoqué la possibilité de négocier avec l'Iran une accalmie à l'égard des chiites irakiens.

Barah Mikaïl par Magali Uytterhaeghe / L’Echo - Belgique / 17 août 2006



Barah Mikaïl
Chercheur à l'IRIS


Institut de Relations Internationales et Stratégiques
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