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Sans coercition, il n'y a pas d'issue à la crise

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Barah Mikaïl*, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques à Paris, livre son analyse sur les options de sortie de crise.

L'absence de réaction de la communauté internationale est-elle à interpréter comme une légitimation de l'intervention israélienne au Liban ou comme un simple aveu d'impuissance?

Les différents acteurs internationaux ont souvent des visions antagonistes. Si l'on s'en tient à l'ONU ou au G8, la constante du jeu des relations internationales fait que les Etats-Unis, grâce à leur hégémonie, imposent à leurs partenaires leur propre vision.

Et quelle lecture les Américains ont-ils des événements au Liban?

C'est la même que celle d'Israël. Ce n'est pas une nouveauté, car l'alliance israélo-américaine donne l'impression aujourd'hui d'être quasi indéfectible. Ce qui comporte un danger, car la vision du conflit - celle de l'un des protagonistes les plus engagés - empêche les Américains d'exercer un vrai rôle d'arbitre.

Il ne se passera donc rien tant que l'administration américaine n'aura pas pris position...

Le plus important repose sur des pressions déterminées des Américains. Tant que des moyens coercitifs ne seront pas mis en place contre les belligérants, et spécialement Israël, il n'y aura pas de solution durable. On ne parviendra pas à un aplanissement des tensions pour une sortie de cette crise qui n'en est plus une. Car il s'agit bien d'une guerre, entre Israéliens et Libanais en général.

Si les Américains détiennent la solution, pourquoi tardent-ils?

Il faut d'abord voir la continuité stratégique entre Washington et Israël. A cela s'ajoute le cadre plus large de la lutte contre le terrorisme : les Américains voient d'un bon œil la guerre engagée contre le Hezbollah, une formation radicale armée qui gravite hors de tout contrôle étatique, et donc dans le camp du mal.

Israël a le champ libre, le temps de légitimer le rôle de chef de guerre de ses dirigeants?

Si Ehoud Olmert souhaitait confirmer son aptitude à diriger, y compris par l'emploi et la maîtrise de la force armée, les Américains le soutiendraient sans aucun doute. Mais il ne faut pas oublier que, quels que soient les changements à la tête du gouvernement, les méthodes sont peu ou prou les mêmes, car ce sont les militaires qui, dans la continuité, décident des grandes lignes de la stratégie israélienne globale.

Les Israéliens peuvent-ils occuper durablement le Sud-Liban?

Militairement, oui. Mais il semble exclu qu'Israël envisage d'occuper le Sud-Liban comme en 1978 ou en 1982. Il ne peut plus compter sur des relais locaux lui permettant d'affaiblir le Hezbollah dans la région. Et, par-dessus tout, il semble ne pas avoir l'intention d'ouvrir un nouveau front régional, en direction de la Syrie. Il a conscience que, en cas d'invasion du Sud-Liban, il se retrouverait dans la position peu enviable des Américains en Irak.

Les conditions d'un cessez-le-feu?

Les conditions israéliennes sont claires: la libération des soldats emprisonnés au Liban, l'arrêt des tirs du Hezbollah et le désarmement du mouvement chiite. Mais chacun des deux belligérants veut prouver qu'il est le plus fort et qu'il aura le dernier mot. Un dernier mot militaire et non politique. C'est tout le problème.

Qui peut freiner le Hezbollah?

L'Iran et la Syrie. Ces deux pays sont les soutiens logistiques et financiers. En coupant la manne, ils peuvent donc l'affaiblir. Mais le Hezbollah est arrivé à un degré de maturité avancé ; il a mis au point une stratégie nationale et régionale pour servir ses intérêts et, quelles que soient les pressions, elles parviendront difficilement à un désarmement effectif et au ralliement à des objectifs politiques exclusifs.

* La politique américaine au Moyen-Orient, Editions Dalloz

Barah Mikaïl par Pierre Chambonnet / Le Temps (Suisse) / 21 juillet 2006



Barah Mikaïl
Chercheur à l'IRIS


Institut de Relations Internationales et Stratégiques
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