
Comment a-t-on pu en arriver à ce conflit ?
Les attaques contre Israël, tout comme les enlèvements de soldats ne sont pas une nouveauté de la part du Hezbollah. La différence, c’est que le mouvement a revendiqué publiquement cette attaque, à un moment d’embrasement de la situation israélo-palestinienne liée à l’enlèvement du caporal Shalit.
Le Hezbollah a voulu marquer son affiliation idéologique et son soutien aux Palestiniens. Jusqu’à présent, ses attaques avaient visé non pas le territoire tel qu’il avait été reconnu, mais des intérêts présents dans « les fermes de Cheeba », un territoire considéré comme occupé par Israël.
La riposte israélienne, qui est passée très vite aux infrastructures vitales du pays, a été jugée disproportionnée. Le cycle des attaques et des représailles s’est enclenché. Des deux côtés on est passé des cibles militaires aux positions civiles.
Jusqu’où peut aller la situation ?
Il y a aujourd’hui une surenchère de la part des deux parties. L’escalade peut être de deux types : tout d’abord le bombardement des infrastructures, qui n’a pas de raison de s’arrêter actuellement. L’autre possibilité : que cela touche d’autres pays comme la Syrie, ce qui n’est pas à exclure. D’autant plus que les Syriens ont un potentiel militaire moindre que celui du Hezbollah. Mais Israël va réfléchir à deux fois avant d’ouvrir un troisième front, après les territoires palestiniens et le Liban.
Quelle est la position de l’Iran ?
Le pays ne s’exprime pas tellement, sauf pour dire que s’en prendre aux intérêts syriens vaudrait à Israël un retour de bâton. C’est aussi une manière de dire aux États-Unis que les négociations informelles sur le nucléaire iranien s’en trouveraient gelées. Et comme l’Iran a aussi des cartes à jouer en Irak, il essaie de consolider son rôle régional.
Quelle est l’influence des Américains dans la décision d’Israël ?
Depuis quelques années, Israël est dans une logique d’agir sans en avertir les États-Unis. Le premier ministre israélien Ehud Olmert a agi, puis a attendu la réaction des États-Unis, qui ont apporté leur soutien.
Le fait que le premier ministre Ehud Olmert ne soit pas un militaire a-t-il eu une influence ?
Les gouvernants israéliens y ont surtout vu un test du Hezbollah à leur encontre, dans un contexte nouveau, marqué par l’absence d’Ariel Sharon. Olmert a voulu montrer à son opinion publique que le gouvernement reste fort. Et à la communauté internationale, que l’absence de CV militaire, rare pour un premier ministre israélien, n’était pas synonyme de relâchement.
Combien de temps le Liban mettra-t-il à se reconstruire ?
D’ores et déjà, tout est à refaire. Devant la gravité de la situation, on voit mal comment les investisseurs seraient encouragés.
A quoi est due l’instabilité chronique au Liban ?
Ce qui mine le Liban, c’est le confessionalisme politique, où chacun essaie de tirer la couverture à soi. Le pays est donc en état de faiblesse.
S’ajoute à cela une instabilité régionale, où les autres pays ont la tentation de régler leurs problèmes par interposition. Le Liban est donc un État tampon.
Barah Mikaïl par Emile Josselin / La Voix du Nord / 19 juillet 2006
 Barah Mikaïl
Chercheur à l'IRIS
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