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Le Hezbollah a plus de soutiens qu’on ne l’imagine à l’étranger

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Barah Mikaïl est Chercheur spécialiste du Moyen-Orient à l'IRIS. Il a récemment publié un ouvrage sur la politique américaine dans ce coin du monde. Livre d'analyse, d'histoire et d'actualité, il est une bible pour comprendre les complexes enjeux que les récents événement révèlent un peu plus. Passionnant. (Dalloz, 18 euros).

Cette escalade de la violence au Liban est-elle un tournant ?

Si on replace ces événements dans l'histoire des relations entre Israël et le Hezbollah, il s'agit d'un nouvel épisode dans le conflit entre l'Etat hébreu et le mouvement chiite. Mais après l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri en février 2005, la donne a changé. L'ONU a voté la résolution 1559 qui imposait le retrait des forces syriennes mais aussi le désarmement du Hezbollah. Pour Israël, ce mouvement n'a donc plus de légitimité et on peut donc craindre que les attaques soient beaucoup plus violentes.

La Syrie et l'Iran ont-ils poussé le Hezbollah a provoqué Israël en enlevant deux de ses militaires ?

Que ces actes fassent l'affaire de Damas et de Téhéran, c'est sûr. En revanche, prétendre, comme le font les Israéliens et les Américains, qu'il faut y voir la main de la Syrie et de l'Iran (précisons d'ailleurs que les Etats-Unis s'abstiennent cette fois de nommer le régime chiite en raison des tractations indirectes sur le nucléaire) est moins certain. Le Hezbollah n'est plus le satellite de l'Iran qu'il était en 1982. Même si des concertations ont probablement lieu, ce mouvement est aujourd'hui autonome, il a son propre commandement, sa stratégie personnelle pour agir dans le cadre libanais. Il peut avoir décidé seul de provoquer Israël.

Israël pourrait-il s'en prendre militairement à la Syrie ?

Rien n'est exclu. On sait que le 28 juin, des avions israéliens ont survolé la résidence d'été de Bachar al-Assad. Mais je ne suis pas convaincu que les Américains laisseront s'embraser la Syrie. Par ailleurs, s'ils soutiennent inconditionnellement les frappes israéliennes que l'on peut qualifier de disproportionnées, il ne faut pas oublier la carte qu'ils jouent à Beyrouth depuis qu'un nouveau gouvernement a été installé après l'assassinat d'Hariri et le retrait des forces syriennes.

A ce propos, pourquoi alors Ehud Olmert fait-il l'amalgame entre l'actuel gouvernement et le Hezbollah ?

C'est, de mon point de vue, une erreur, mais c'est sa stratégie. Pour Olmert, il faut faire pression sur l'exécutif libanais afin qu'il démantèle les réseaux terroristes sur son sol. Son schéma ne tient pas compte de l'assise populaire du Hezbollah qui trouve des soutiens chez les chiites du Liban mais aussi chez certains sunnites et même des chrétiens.

La Syrie a-t-elle vraiment intérêt que le pays du cèdre s'embrase ?

Jusqu'à un certain point seulement. On sait que ce sont les mouvements confessionnels qui prendront le relais si le Liban est déstabilisé. Or la Syrie craint à juste titre que ces antagonismes se propagent chez elle. Il faut se souvenir qu'en 2004 la communauté kurde installée au nord du pays s'est révoltée.

Revenons au Hezbollah. Que sait-on de ses capacités financières et militaires ?

On n'a pas d'idée précise mais on sait que la Syrie et l'Iran le financent. La manne du Hezbollah est estimée entre 500 et 800 millions de dollars par an. Outre cette aide, le mouvement s'appuie sur une structure de commerces et d'échanges plus ou moins clandestins dans le sud du pays. Enfin, même si cela reste tabou, la diaspora libanaise qui a fait fortune envoie aussi des fonds.

En ce qui concerne l'armement et le savoir-faire, l'Iran est très présent. Le Hezbollah a annoncé il y a moins de deux ans qu'un drone avait survolé Israël. Cela n'a jamais été démenti. Seul Téhéran pouvait les avoir équipés. On se doute enfin que la capacité d'action du Hezbollah est importante car sinon, il n'aurait pas provoqué et encouragé cette escalade.

Le retrait des Israéliens du sud du Liban, il y a six ans, leur a-t-il permis de reconstituer l'arsenal ?

C'est une évidence.

Avec Ariel Sharon encore au pouvoir, aurait-on assisté au même scénario ?

Sharon aurait sans doute donné l'impression de plus prendre en compte l'opinion américaine. Mais je ne suis pas sûr qu'il aurait agi différemment.

Les Libanais sont descendus dans la rue après l'assassinat de Rafic Hariri. N'ont-ils pas avant tout demandé la paix ?

Il y a eu deux manifestations, celle du 8 mars 2004, sous la bannière du Hezbollah, et celle du 14, à l'appel du bloc Hariri. Contrairement à beaucoup de journaux, l'AFP a rapporté qu'il y aurait plus de monde à la première qu'à la seconde. Le Liban est bien coupé en deux et le discours du Hezbollah fédère plus de monde qu'on ne le croit. Il faut savoir aussi que tous les Libanais, du Hezbollah à l'ancien président Gemayel et même le bloc Hariri, ne franchissent pas cette ligne rouge : la normalisation avec Israël. Ils disent même souvent qu'ils seraient les derniers à signer un traité scellant la paix entre les pays arabes et Israël.

Barah Mikaïl par Marie-Luce Ribot / Sud Ouest Dimanche / 16 juillet 2006



Barah Mikaïl
Chercheur à l'IRIS


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