Institut de Relations Internationales et Stratégiques - Accueil
english version  

 
FLUX RSS Flux RSS

 
imprimer la page  envoyer cet article à un ami   

Une bonne nouvelle, mais pas la fin des attentats

Photo

Pour Barah Mikaïl, chercheur à l'IRIS, la mort de Zarqaoui concrétise la stratégie américaine en Irak, sans pour autant signifier la disparition de la branche d'Al-Qaïda dans le pays. En attendant que le processus politique se poursuive, les violences devraient donc continuer.

Zarqaoui tué. Une bonne nouvelle à la fois pour Bush et pour le gouvernement irakien.

Tout à fait, surtout dans la conjoncture actuelle des deux pays. Aux Etats-Unis, les élections législatives de mi-mandat se profilent à l'horizon (ndlr : elles se dérouleront début novembre). L'administration américaine a donc besoin de prouver que la lutte anti-terroriste porte ses fruits. La mort de Zarqaoui légitime ainsi cette politique menée dans le monde entier et devrait faire taire les critiques qui s'élevaient Outre-Atlantique.

En Irak, elle consolide le processus électoral entamé ces derniers mois. Cette journée de jeudi est d'ailleurs doublement importante : il est en effet intéressant de noter que l'annonce du décès de Zarqaoui a été suivie de celle de l'attribution des postes de ministres de l'Intérieur et de la Défense, qui coinçait depuis plusieurs semaines. Tout ceci confirme la bonne voie de la stratégie américaine dans le pays. C'est la consécration d'un nouveau départ au niveau des intentions des acteurs concernés.

Peut-on parler d'un "coup" électoral de Bush, comme ne manqueront pas de soulever ses opposants ?

C'est vrai que les Américains ont frappé le réseau Al-Qaïda à un moment électoral important. Mais avant de parler hâtivement de "complot", il faut surtout rappeler que 2 scénarii sont évoqués depuis plus d'un an : l'arrestation ou la mort de ben Laden et l'arrestation ou la mort de Zarqaoui. Il est donc difficile de parler d'une stratégie délibérée qui consisterait à stopper Zarqaoui à un moment précis.

"Zarqaoui ne planifiait pas tout"

L'organisation Al-Qaïda peut-elle survivre à la mort de son chef ?

La mort de Zarqaoui n'est pas la mort de Al-Qaïda en Irak. Il était bien sûr son autorité morale, mais il ne préparait pas tous les attentats. Certains planificateurs des attaques étaient physiquement éloignés de lui. En outre, sa mort prochaine était annoncée depuis plus d'un an. Le réseau ne s'est vraisemblablement pas laissé prendre au dépourvu et sa succession a sûrement été programmée.

Deux scénarios peuvent être envisagés : une déstabilisation passagère au sein de sa hiérarchie et des différentes factions, avec comme conséquence des violences moins programmées et une relative accalmie. A l'opposé, l'organisation pourrait avoir la volonté de prouver que la mort de son chef n'implique pas sa fin et qu'elle garde sa capacité de nuisance. Dans cette hypothèse, les attentats pourraient redoubler. Quoi qu'il en soit, les violences continueront aussi longtemps que le dysfonctionnement politique perdurera.

Zarqaoui a été trahi par l'un des siens. Est-ce un signe supplémentaire de l'affaiblissement de l'organisation ?

Non, il n'y a rien d'étonnant. Le meilleur exemple provient de Saddam Hussein, qui a été arrêté grâce à son ancien serviteur fidèle. Le schéma de la trahison interne est traditionnel, quels que soient l'organisation ou le discours. En outre, le renseignement américain en Irak est très bien structuré et bénéficie de nombreuses aides, comme celle de la Jordanie, qui revendique sa participation au raid.

Les relations entre ben Laden et Zarqaoui ont parfois été tendues. Le premier peut-il profiter de l'occasion pour reprendre la main sur Al-Qaïda en Irak ?

Il y a en effet toujours eu un certain désaccord stratégique entre eux. ben Laden n'a ainsi jamais apprécié la lutte anti-chiite menée par Zarqaoui. La logique voudrait donc qu'il essaye d'influer avec plus de vigueur sur Al-Qaïda en Irak. Mais comme il ne se trouve pas dans le pays, sa capacité à le faire est loin d'être prouvée. On ne peut pas exclure néanmoins que ses partisans réussissent à prendre le pouvoir dans l'organisation.

Plus globalement, la désignation du nouveau leader pourrait entraîner une modification de la stratégie. Si un Irakien prend la tête (ndlr : Zarqaoui était Jordanien), cela serait un signal fort pour justifier les attaques. Il faudra attendre les prochains communiqués pour se faire une idée.

Barah Mikaïl est chercheur spécialisé sur le Moyen-Orient à l'Institut des relations internationales et stratégiques.

Il vient notamment de publier "La politique américaine au Moyen-Orient" (Dalloz, 18 euros).

Barah Mikaïl par Fabrice Aubert / LCI.fr / 8 juin 2006



Barah Mikaïl
Chercheur à l'IRIS


Institut de Relations Internationales et Stratégiques
2 bis, rue Mercoeur - 75011 PARIS
Tél. : 33 (0) 1 53 27 60 60 – Fax : 33 (0) 1 53 27 60 70
contact@iris-france.org