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Révolution orange : l’Ukraine déchante

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Spécialiste de l’Ukraine, Arnaud Dubien est chercheur à l’IRIS à Paris.

Quel bilan faites-vous de l’année Iouchtchenko ?

Côté positif : la liberté de la presse et la reconnaissance de l’Ukraine sur la scène internationale. Deux acquis qui ne semblent remis en cause par personne. Il y a aussi un climat nouveau qui s’est installé dans le pays et plus de transparence dans de nombreux secteurs de la société. Côté négatif en revanche, des lendemains qui ne chantent plus. La crise économique est là. Avant « la révolution orange », la croissance flirtait avec les 12%, cette année elle est tombée à 3%. La personnalité d’Iouchtchenko n’arrange pas forcément les choses. C’est un lyrique, un indécis, pas très à l’aise quand il s’agit de négocier, par exemple, avec le très pragmatique président russe, Vladimir Poutine.

Un an après la « révolution orange », l’Ukraine est plongée dans une crise gouvernementale, Iouchtchenko est largement discrédité, la population est gagnée par la désillusion… Comment en est-on arrivé là ?

La déception est née en premier lieu d’une attente exagérée d’une partie de la population. Ensuite, l’éclatement du « clan orange », les rivalités entre les vainqueurs ont énormément déçu leurs partisans. D’autant que les pratiques politiques n’ont pas fondamentalement changé. Pouvoir et business restent étroitement liés, en dépit des promesses d’Iouchtchenko. Il faut ajouter à ce tabelau la dégradation de la situation économique. Même si elle n’est pas entièrement imputable à une mauvaise gestion de la nouvelle équipe. Un exemple : l’ancien régime s’était engagé à doubles les pensions, il a bien fallu tenir cette promesse.

Des élections législatives auront lieu au mois de mars 2006. Quels sont les enjeux ?

Ces élections sont d’autant plus importantes qu’elles interviennent après une réforme des institutions qui renforce le rôle du Parlement et du Premier ministre. Or, à trois mois du scrutin, les sondages donnent le parti des Régions – les pro-Ianoukovitch – devant les « Orange » qui pourraient récolter moins de 25% des suffrages. De nombreuses autres listes sont en lice, notamment celles du parti communiste et de l’incontournable parti socialiste de Oleksandr Moroz. Il y a un risque réel de dispersion des voix et de blocage politique. D’autant qu’une réconciliation entre le président Iouchtchenko et son ancien Premier ministre Timochenko est bien incertaine. Reste une alliance entre des pôles « Orange » et Ianoukovitch, l’ancien adversaire de Iouchtchenko ? Une hypothèse intéressante, à condition que ce dernier accepte de s’effacer. Les jeux sont serrés et le risque d’enlisement est certain. Or le temps ne joue pas en faveur de l’Ukraine.

Arnaud Dubien par Gilles Drevet / Le Progrés - La Tribune / 26 décembre 2005




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