
Il y a eu ce jeudi une cérémonie à Beslan en hommage aux victimes. Mais, à l'exception d'une minute de silence, le pouvoir russe donne l'impression de vouloir rester discret sur la prise d'otage au niveau national. Comment l'expliquez-vous ?
Le pouvoir central a choisi la discrétion et les cérémonies se déroulent pour l'essentiel en Ossétie du nord. Le pouvoir se rend bien compte qu'il porte une part de responsabilité dans le drame, d'où un certain malaise. Il y a une volonté de na pas remuer ce passé douloureux, qui a traumatisé la population. La comparaison avec le 11 septembre n'est pas aberrante, du moins en ce qui concerne le ressenti par la population. J'en veux pour preuve l'élan financier de solidarité des russes pour les victimes. Mais le représentant du pouvoir central pour le district fédéral Sud (c'est à dire le Caucase Nord), Dimitri Kozak, était tout de même présent aux cérémonies.
Où en est l'enquête parlementaire russe ?
Le président de la commission d'enquête est le vice-président du Sénat. Il a auditionné les autorités locales de l'époque en Ossétie du Nord. Ces autorités ont été discréditées, plus encore que le pouvoir fédéral.
Mais on savait qu'il ne fallait pas attendre de grandes révélations de cette commission d'enquête. D'où l'immense frustration exprimée par les familles des victimes au sujet de l'enquête mais aussi du procès. On juge actuellement le seul preneur d'otages rescapé. Les familles ont l'impression que l'enquête se limite dans ses démarches et ne cherche pas les vrais responsables, les gens qui ont failli au moment de la crise, des responsables sécuritaires locaux et fédéraux. Poutine, lui, est resté au-dessus de la mêlée. Sa popularité n'a pas faibli, un peu comme le "bon Tsar".
Un an après, qu'est ce que la prise d'otage a changé en Russie et dans Caucase du Nord ?
Le pouvoir russe a tiré profit de Beslan pour faire passer un certain nombre de mesures, avec pour argument de lutter contre le terrorisme. Il a renforcé la centralisation de la Russie, en mettant fin à l'élection des présidents de républiques et des gouverneurs de région, qui sont désormais indirectement nommés. Ces mesures étaient déjà en chantier, et Beslan a été un prétexte pour les faire passer.
Beslan a entraîné une très grande fragilisation du Caucase du Nord.
La principale crainte, à l'automne 2004, c'était le risque d'une relance du conflit entre Ossètes et Ingouches, qui ont un différend territorial, et qui se sont affrontés en 1992. Le fait que, parmi les preneurs d'otages, il y ait eu des Ingouches a fait craindre de nouvelles tensions. Les peuples du Caucase s'entendent généralement très mal. Concernant la Tchétchénie, il n'y a pas eu de conséquences directes, car le conflit évolue sur des logiques qui lui sont propres. La répression en Tchétchénie ne s'est pas durcie, car elle était déjà très forte. Quant à l'image des Russes, elle a davantage souffert à l'étranger que dans le Caucase.
Arnaud Dubien par Baptiste Legrand / Nouvel Obs.com / 1er septembre 2005
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