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Depuis le conflit en Irak, le terrorisme s’est accru

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Pourquoi les terroristes ont-ils frappé l'Egypte et Charm el-Cheikh ?

Tout d'abord, il y a un constat : avec l'éclatement d'Al Qaida, n'importe quel pays peut aujourd'hui être visé par des attentats. Après New York, Bali, Casablanca, Madrid, Londres…, la liste s'allonge encore. Mais comme on a pu le constater en Espagne ou en Grande-Bretagne, frappées pour leur présence en Irak, il y a aussi une spécificité géopolitique locale qui entre en jeu. Là , les terroristes ont voulu frapper l'Egypte qui, dans le monde arabe, est certainement l'état le plus lié aux Etats-Unis. Après Israël, l'Egypte est le deuxième bénéficiaire de l'aide économique américaine sur la planète. Et puis c'est un pays qui a fait la paix avec l'Etat hébreu, avec lequel il possède des accords de libre-échange. Quant à Charm el-Cheikh, c'est le symbole du tourisme, le secteur économique numéro un, et le lieu où se sont déroulés les sommets contre le terrorisme, et la rencontre Sharon-Abbas pour la relance du processus de paix au Proche-Orient.

Le régime d'Hosni Moubarak est-il fragilisé à quelques mois des premières élections " libres " ?

Oui, car ces élections sont en réalité totalement fermées. Le terrorisme, c'est aussi le seul moyen d'expression dans l'absence de vie politique, alors que l'islamisme est le refuge des frustrations non exprimées dans un débat libre. C'est d'ailleurs là toute la contradiction de la politique américaine qui veut instaurer un grand Moyen-Orient démocratique. Si l'Egypte, ou les autres pays de la région étaient aujourd'hui des démocraties, des mouvements islamistes et anti-américains seraient portés au pouvoir ! Les situations au Proche-Orient et en Irak attisent la frustration et la colère des musulmans, ce qui décrédibilise les message de Ben Laden. L'Egypte de même que l'Arabie Saoudite sont de ce fait fragilisés par leur soutien à Washington.

Charm el-Cheikh, quelques jours après Londres. Y-a-t-il une accélération dans la stratégie d'Al Qaida ?

C'est inquiétant, et cela montre que depuis la guerre en Irak, le terrorisme s'est accru. Mais je ne crois pas qu'il y ait une stratégie d'ensemble d'Al Qaida, avec un chef d'orchestre unique qui lance des ordres à travers le monde. Je pense qu'il s'agit plutôt de groupes locaux organisés, qui, sans se rencontrer, adoptent une stratégie d'ensemble : semer la terreur et le chaos et déstabiliser. De fait, Moubarak, à l'image de Tony Blair, est sur la corde raide. Tous deux sont coincés par leur alliance avec Washington. Ils sont conscients l'un et l'autre qu'il faut régler les situations en Irak et au Proche-Orient, et pensent pouvoir influencer l'administration américaine. Mais ils n'obtiennent jamais aucune concession de cette dernière.

Va-t-on vers un choc des civilisations ?

Le choc des civilisations, cela n'existe pas, et pourtant on pourrait y être entraîné. Par les terroristes d'Al Qaida d'une part, et par les discours de l'administration américaine de l'autre qui tendent à transformer le monde musulman en ennemi. Il y a comme une prophétie qui se réalise elle-même : il n'y avait pas de terrorisme en Irak au moment de l'intervention, mais aujourd'hui il justifie l'occupation américaine du pays. Au moment même où les Américains échouent, ils peuvent dire qu'ils ont raison car ils luttent contre le terrorisme. Tous les pays se doivent alors d'être solidaires et de suivre leur politique. C'est comme s'il y avait une sorte d'intérêt commun entre Al Qaida et George W. Bush, qui consiste à éliminer les discours modérés chez les musulmans et les occidentaux.

Quelles réponses faut-il apporter au terrorisme selon vous ?

Tout d'abord, il faut renforcer la coopération policière et judiciaire pour démanteler les cellules terroristes. Ensuite, les pays qui étaient hostiles à la guerre en Irak, comme la France, doivent à nouveau faire entendre leur voix pour demander un retrait occidental de l'Irak et ainsi assécher le vivier de Ben Laden. L'occupation sur le terrain ne peut entraîner que de la haine. Et les images d'Abou Ghraïb ou Falloujah, et les bavures, relayées par les médias arabes, renforcent chaque jour le discours des extrémistes.

Pascal Boniface par Thomas de Rochechouart / France Soir / 25 juillet 2005



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS


Institut de Relations Internationales et Stratégiques
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