
Didier Billion est directeur adjoint de l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) explique au JDD les sources du terrorisme pakistanais.
Est-il justifié de désigner la Pakistan comme un vivier du terrorisme islamiste ?
Le Pakistan est, avec l'Irak et l'Afghanistan, un des pays où les réseaux terroristes trouvent de quoi se nourrir. Plusieurs raisons à cela : sa situation géographique ; les conditions de la naissance de cet Etat, dont l'identité religieuse a pu contribuer au développement de groupes violents ; la présence, aujourd'hui encore, au sein même de l'appareil d'Etat et notamment des services secrets, de personnes favorables à ces groupes les plus extrémistes.
Faut-il alors douter de la volonté du président Musharraf de lutter contre le terrorisme ?
Après le 11 septembre 2001, et notamment à la demande des Américains, il a éradiqué une partie de ces filières, mais pas complètement. Sous la pression, il affiche désormais sa volonté réelle d'en découdre. Mais sa tâche est des plus difficiles. Certains de ses officiers, clairement ultras, sont toujours en place et ont infiltré son appareil d'état. Et puis imaginez la difficulté de démanteler des filières terroristes à Islamabad, une ville de 10 ou 15 millions d'habitants. Les Anglais n'y arrivent pas chez eux, comment le reprocher aux autorités pakistanaises ?
Le combat est donc perdu d'avance ?
Je ne le crois pas. La lutte anti-terroriste est une lutte de très longue haleine qui nécessite des moyens financiers et humains considérables. Les Etats-Unis aident financièrement le Pakistan. Ils ont aussi envoyé, comme les Britanniques apparemment, des hommes sur place. Tout cela prend énormément de temps mais, malgré les apparences, les choses avancent dans le bon sens depuis le 11 septembre. Cette lutte contre le terrorisme passe par deux axes : le travail policier de renseignement et de répression ; l'assèchement des terreaux dans lesquels grandissent les jeunes gens qui, arrivés à 18 ou 20 ans, sont prêts à se sacrifier pour la défense de leur cause.
Des " terreaux " que l'on trouve autant au Pakistan qu'en Europe…
Absolument. Le Pakistan n'est évidemment pas tout blanc : les kamikazes de Londres étaient pour certains d'entre eux d'origine pakistanaise, certains y ont séjourné, sont peut-être allés y chercher une logistique, sans doute des consignes. Mais ces jeunes hommes étaient tous des citoyens britanniques : Ils ont passé toute leur vie en Grande-Bretagne où ils semblaient parfaitement insérés. Tant que les situations économiques et sociales des communautés d'origine étrangère ne s'arrangeront pas aussi en Europe, la lutte policière ne suffira pas. Un petit nombre d'individus continuera à se croire investi d'une mission justifiant de tuer, quitte à se sacrifier.
Qu'en est-il des fameuses " madrassas " pakistanaises ?
Ne soyons pas naïfs. Il arrive que les madrassas servent à repérer puis à embrigader certains individus. Mais il est faux de croire que tout étudiant d'une madrassa deviendra un terroriste. Une infime partie passera à l'acte. Croire le contraire revient à faire l'amalgame entre apprentissage du Coran et terrorisme, ce que je me refuse évidemment à faire.
Didier Billion par Alexandre Duyck / Le Journal du Dimanche / 24 juillet 2005
 Didier Billion
Directeur adjoint à l'IRIS
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