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Fini fait le ménage

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Le vice-premier ministre a fait tomber les têtes au sein de l'Alliance Nationale. Pour Fabio Liberti, chercheur à L'Institut de relations internationales et stratégiques, le parti est à un tournant.

Le vice-premier ministre italien Gianfranco Fini, président de l'Alliance nationale (mouvement de droite issu de la tradition fasciste) a révoqué hier les principaux dirigeants de son parti. Ceux-ci le contestaient depuis plusieurs semaines déjà. Mais la goutte d'eau qui a fait déborder le vase est venue d'un article publié vendredi dans le quotidien Il Tempo, reprenant une conversation tenue par trois des principaux leaders de son parti, qui mettaient en cause la santé de leur chef et sa capacité à se lancer dans la campagne électorale.

Débarrassé de ses contradicteurs à l'interne, Gianfranco Fini n'aura-t-il finalement pas les mains plus libres à l'avenir?

Non. Gianfranco Fini se retrouve dans une position très affaiblie. Ces révélations très dures portent un sale coup à son image de leader incontesté. Mais le malaise est à vrai dire plus profond que quelques malheureux propos relayés par la presse. Lors du référendum sur la procréation assistée en juin, sa position laïciste avait profondément divisé le parti. Certains mots très durs avaient été lâchés et la mort de l'Alliance nationale évoquée par certains.

L'Alliance nationale est-elle en crise?

Le parti est fondé sur un héritage fasciste. En quelques années, grâce à son charisme et à son dynamisme, Gianfranco Fini a toutefois réussi à le transformer en une formation de droite moderne. Mais cette évolution très rapide a été mal digérée par une partie de l'électorat. Et cela s'est ressenti à l'intérieur de l'Alliance nationale où différents courants s'opposent. En définissant, lors d'un voyage en Israël, le fascisme comme "le mal absolu", Fini s'est clairement démarqué. Mais il a du coup aussi ravivé les tensions, notamment avec la ligne fascisante de l'Alliance, emmenée par la petite-fille de Mussolini.

Le parti se retrouve-t-il affaibli au sein de la coalition au pouvoir, que domine Forza Italia, le parti de Berlusconi?

Oui! Mais ce n'est pas nouveau: l'Alliance nationale souffre depuis quatre ans des concessions faites au sein de cette coalition qui regroupe aussi les centristes de l'UDC et la Ligue du Nord. Certains accusent d'ailleurs Fini d'avoir sacrifié le parti et ses idéaux sur l'autel de ses ambitions personnelles, comme celle de décrocher le poste de ministre des Affaires étrangères qu'il occupe.

L'Alliance nationale jouit-elle encore d'un soutien populaire?

Gianfranco Fini reste populaire, il est charismatique. Mais le parti est en complète perte de vitesse. Il est bousculé sur sa droite par la Ligue du Nord et il est mis à mal au centre par l'UDC. Il a perdu son identité, et son soutien dans les couches populaires s'est effondré. Mais je ne crois pas qu'il se réorientera sur une voie fasciste: seuls 1 à 3% de ses électeurs (qui oscillent entre 8 et 12%) sont attachés à cette idéologie. Les Italiens ne suivraient pas un tel changement de cap.

Gianfranco Fini peut-il encore être un grand leader de la droite, le successeur de Berlusconi?

Une victoire de la gauche lors des élections au printemps 2006 semble pour l'heure probable. Dans cette hypothèse, le séisme politique à droite sera énorme. Silvio Berlusconi se retirera alors peut-être définitivement de la vie politique - je ne le vois pas en leader de l'opposition. Gianfranco Fini sera alors peut-être celui qui prendra la tête de la droite pour affronter cette traversée du désert. Mais encore faudra-t-il qu'il ait un parti derrière lui. Or tout dépendra du score de l'Alliance nationale aux élections. Le parti sera soit réorganisé, soit il explosera complètement.

Fabio Liberti par Bernard Perrin / 24 Heures (Suisse) / 18 juillet 2005



Fabio Liberti
Chercheur à l'IRIS


Institut de Relations Internationales et Stratégiques
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