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Cela aurait pu être beaucoup plus grave

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Après quatre ans de guerre contre le terrorisme, peut-on dire qu'Al Qaïda a pris le dessus sur les services de renseignements ? Le réseau s'est-il encore renforcé depuis 2001?

On ne peut pas dire qu'Al Qaïda prend le dessus. La guerre contre le terrorisme poursuit deux buts. Tout d'abord elle vise à démanteler contre les réseaux terroristes, ce qui est principalement le travail des services de renseignements. Ensuite, il y a le conflit en Irak qui lui a fortement contribué produire du terrorisme en apportant aux réseaux de nouveaux militants. Il y a ensuite malheureusement une logique de probabilité : en lançant une guerre contre le terrorisme, on savait qu'on ne pouvait pas échapper à des attaques en Europe, et Londres était l'une des cibles qui avait le plus de risques d'être touchée.

Il est très difficile de dire si Al Qaïda se renforce ou non car il s'agit d'une nébuleuse transnationale qui véhicule une idéologie très large, assez floue avec une vision assez particulière de l'Islam, pouvant même varier d'un groupe à un autre, et basée notamment sur la lutte contre l'occident et le conflit israélo-palestinien. Ce qu'il faut essayer de voir c'est ce que représente Al Qaïda au niveau mondial.

Il faut cependant relativiser: en quatre ans de guerre contre le terrorisme, seuls trois attentats ont directement frappé des cibles en Occident. On ne peut pas dire que cela n'est pas important, mais cela aurait pu être beaucoup plus grave.

Un groupe baptisé "Organisation Al-Qaïda/Jihad en Europe" semble avoir revendiqué les attentats de Londres. Son nom signifie-t-il qu'il faut s'attendre à de nouveaux attentats en Europe? Les pays n'étant pas impliqués dans la guerre en Irak sont-ils à l'abri d'éventuelles attaques?

C'est très difficile à dire en raison du caractère nébuleux d'Al Qaïda qui fonctionne sur un système de groupes "franchisés". Pour résumer, un groupe isolé peut très bien se reconnaître dans l'idéologie d'Al Qaïda, prendre ensuite contact avec l'organisation et, après avoir reçu son aval, créer sa propre filière avec son propre nom.

Comme je l'ai déjà dit, il y avait une probabilité relativement importante que l'Europe soit frappée un jour ou l'autre, et ce sont les pays les plus proches des Etats-Unis qui ont le plus de risques d'être touchés, comme on a pu également le voir avec l'Espagne.

Mais cela ne veut absolument pas dire que la France sera épargnée, car nous sommes un pays occidental, avec des valeurs occidentales. Nous sommes donc une cible potentielle, même si notre position sur l'Irak rend un attentat moins probable que dans d'autres pays.

Ces attentats auront-ils une influence sur la politique étrangère de la Grande-Bretagne ainsi que sur sa politique intérieure ?

Concernant la lutte contre le terrorisme, la Grande-Bretagne peut difficilement faire encore plus que ce que ce que font ses services de renseignements pour démanteler les réseaux. A ce niveau, je ne pense pas qu'il y aura d'inflexion majeure.

Par contre, ces attentats pourront avoir sur la question du retrait des troupes britanniques d'Irak qui, un jour ou l'autre, aurait été posée à Tony Blair notamment par ses opposants.

Or, aujourd'hui, cette question ne se pose plus et les troupes britanniques resteront en Irak tant que les Etats-Unis y seront.

Au niveau de la politique intérieure, Tony Blair bénéficiera certainement du réflexe de solidarité de la population qui, traditionnellement, se soude autour de ses dirigeants lors de ce genre d'événements.

Jean-Pierre Maulny par Jérôme Hourdeaux / Nouvel Obs.com / 8 juillet 2005



Jean-Pierre Maulny
Directeur adjoint de l'IRIS


Institut de Relations Internationales et Stratégiques
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