
Pour Sophie Bessis, expert à l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), " les Togolais, qui sortent de 40 ans d'une dictature très dure ", souffrent " d'une grande frustration démocratique ". Et le régime d'Eyadema a empêché l'émergence d'une opposition structurée. D'où les incertitudes qui pèsent sur l'avenir au lendemain " d'élections massivement truquées ".
Faut-il organiser de nouvelles élections ?
Il faut d'abord noter que les présidentielles du 24 avril étaient prématurées. Gnassingbé a voulu aller vite parce que c'était sa seule stratégie pour gagner. Il aurait fallu retarder la consultation jusqu'à ce que toutes les conditions pour un scrutin transparent soient réunies. A commencer par la mise à jour des listes électorales. La conjoncture actuelle n'est pas meilleure pour revoter. Pour ce faire, il faudrait mettre en place un gouvernement neutre, indépendant de l'armée qui préparerait le climat pour des élections libres.
Quel rôle pourrait jouer l'armée ?
C'est une inconnue de taille. Mais j'observe qu'elle n'est pas monolithique. Le ministre de l'Intérieur qui a refusé de cautionner les élections est un officier supérieur. D'autres comme lui pensent que le couvercle peut sauter…
Quelle peut-être l'influence de la France ?
La politique menée par la France est responsable de son influence. Au Togo, il est clair qu'elle ne peut pas jouer le rôle d'arbitre, car elle soutient Gnassingbé de façon inconditionnelle. Le Président Chirac n'a-t-il pas parlé de Eyadema comme de son ami personnel ? La France prend trop souvent fait et cause pour le passé et n'a pas su faire connaissance avec les jeunes générations de la vie politique africaine.
D'où peut venir une solution ?
Au Togo comme en Côte d'Ivoire, les Africains ont surtout besoin d'une médiation africaine. Et, dans ces deux cas, ce sont elles qui ont été les plus efficaces.
Sophie Bessis / La Dépêche du Midi / 4 mai 2005
 Sophie Bessis
Directeur de recherche à l'IRIS
|