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Chine/Japon : une tendance à l’apaisement

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Les tensions récentes entre le Japon et la Chine peuvent-elles déboucher sur une crise plus grave ?

Depuis plusieurs semaines, les manifestations anti-japonaises, d'abord sur internet puis dans la rue, organisées dans plusieurs grandes villes de Chine, se sont multipliées. Ces manifestations violentes contre les biens japonais, ont été provoquées, selon le gouvernement chinois, par le refus de Tokyo de reconnaître ses torts pendant la seconde guerre mondiale. Au delà de ce motif immédiat au nom duquel la population a dans un premier temps été officieusement encouragée à manifester, Pékin espérait aussi mettre un frein à l'émergence du Japon en tant que puissance politique "normale" en lui interdisant notamment l'entrée au Conseil de sécurité de l'ONU avec un droit de veto, au même titre que la Chine.

Il semble toutefois qu'aujourd'hui, les autorités chinoises s'inquiètent fortement des risques de dérapage et de débordement et aient décidé au contraire de contrôler l'expression populaire et les manifestations. Par ailleurs, la République Populaire de Chine pourrait également accepter de répondre à la demande de Tokyo d'organiser une rencontre entre le Premier ministre japonais Koïzumi et le Chef du Parti communiste président chinois Hu Jintao lors du sommet Asie-Afrique de Jakarta qui se tient aujourd'hui. La tendance semble donc, dans l'immédiat, aller dans le sens de l'apaisement.

Quelles sont les raisons de la prudence chinoise et de la volonté de négociation de Tokyo ?

La Chine et le Japon sont aujourd'hui très liés économiquement. La République Populaire de Chine est désormais, devant les Etats-Unis, le premier partenaire commercial du Japon. Et si Pékin met toujours en avant la "dépendance" du Japon à l'égard de la Chine, les dirigeants chinois savent également que la croissance chinoise continue de très fortement dépendre des investissements extérieurs, notamment japonais, et de l'ouverture des marchés étrangers. Un recul des investissements et une fermeture des marchés, sous la forme par exemple d'un boycott des produits chinois répondant au boycott des produits japonais, pourraient faire peser un risque majeur sur la stabilité économique, et donc politique et sociale de la Chine.

La violence des manifestations de ces dernières semaines, en s'attaquant aux biens étrangers, nuit également à l'image de la Chine puissance "sûre" que la RPC veut préserver auprès des investisseurs. A un autre niveau, c'est l'image internationale de la Chine "puissance responsable" qui peut en souffrir. Pour la démocratie japonaise, il est inimaginable de provoquer avec son voisin chinois une crise qui pourrait déboucher sur un conflit, ceci d'autant plus que, en terme de défense, le Japon demeure totalement dépendant de son allié américain. Pour l'ensemble de ces raisons, Tokyo, comme Pékin, ont intérêt aujourd'hui à jouer l'apaisement plus que la montée des tensions.

Quelle est la position des voisins de Tokyo et de Pékin ?

La situation est différente en Asie du Nord-Est et en Asie du Sud-Est.

Au Nord-Est, le gouvernement sud-coréen a dans une certaine mesure repris les préoccupations de la Chine à l'égard du Japon et de son "révisionnisme historique". Les manifestations d'hostilité ont toutefois été beaucoup moins longues et violentes. Taiwan, colonisé par Tokyo pendant 70 ans, exprime paradoxalement moins d'hostilité à l'égard de l'ancien occupant japonais qu'à l'égard du régime chinois d'aujourd'hui.

En Asie du Sud-Est, plus que le passé, c'est le présent qui préoccupe, ainsi que la volonté de préserver un équilibre stratégique non-conflictuel, face notamment aux ambitions de puissance de la Chine. Dans une région où les questions de sécurité continuent de dominer, c'est cette volonté qui explique aujourd'hui le poids que les Etats-Unis, seul garant de cet équilibre, occupe.

Valérie Niquet / Yahoo ! Actualités /22 avril 2005






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