
Deux ans après le début de la guerre en Irak, quel est le bilan pour les Irakiens ?
Un bilan contrasté. En positif, c'est une bonne chose pour l'Irak, pour les Irakiens et pour la région d'être débarrassés de Saddam Hussein, le dictateur. Que les Irakiens aient pu voter librement, même dans des conditions difficiles, est également un effet positif de la guerre. En négatif, celle-ci a fait 100 000 morts. Les violences continuent. N'y avait-il pas d'autres moyens de faire tomber Saddam ? Le coût humain est considérable. La situation irakienne et régionale reste incertaine. Et le terrorisme est plutôt sorti renforcé de la guerre qui prétendait le combattre.
Le vent démocratique qui souffle de l'Afghanistan à l'Égypte, en passant par le Liban, la Palestine, l'Irak et même l'Arabie saoudite n'est-il pas le fruit de la politique de George Bush ?
Ce serait une erreur de croire à une cause unique. En Irak, les élections sont venues dans la foulée de la guerre. Tel n'est pas le cas au Liban, où un mouvement national a accompagné une pression internationale. Celle-ci n'a pas eu recours aux armes, mais à la volonté de faire respecter le droit, pour exiger le départ des Syriens. En Égypte, je doute que les prochaines élections soient tout à fait ouvertes. Je doute même que les Américains le souhaitent, car elles risqueraient d'amener un pouvoir anti-américain. Dans de nombreux pays arabes, des élections libres conduiraient à l'avènement de régimes hostiles aux États-Unis. Chez les Palestiniens, les récentes élections n'étaient pas les premières. Celles de 1996 avaient été jugées tout à fait régulières. S'il n'y en a pas eu en 2001, c'est du fait de l'occupation militaire israélienne. Le rôle des Américains, a été, cette fois, de demander aux Israéliens de permettre que les élections aient lieu.
Les Européens ont-ils tiré les leçons de leur division sur la guerre en Irak ?
Que l'Europe ait été divisée n'était pas anormal en soi. Dix ans plus tôt, la France aurait été seule à s'opposer à Washington. Que l'Allemagne ait pu dire ouvertement son désaccord montre plutôt une autonomisation de l'Europe. Celle-ci s'est renforcée après les élections du 14 mars 2004, l'Espagne ayant changé de camp. Aujourd'hui, on voit que, sur le conflit israélo-palestinien, les négociations avec l'Iran, les Britanniques eux-mêmes sont plus du côté européen que du côté américain. La leçon à tirer, c'est que l'on peut être en désaccord avec les Américains sans être « puni « ni disparaître de la scène.
La récente visite de George Bush en Europe montre-t-elle que les Américains l'ont compris ?
La seconde administration Bush veut reconquérir une popularité perdue. L'Amérique et l'Irak ont besoin de la coopération européenne ; pas l'inverse. Il ne faut pas se faire d'illusions sur l'ampleur du phénomène. Les Américains poursuivent leur politique, mais de façon plus souriante, moins crispée. Ils ont compris qu'en cas de désaccord, il est contre-productif d'exiger de leurs alliés qu'ils se mettent au garde-à-vous.
Pascal Boniface est l'auteur de Vers la 4e guerre mondiale?, Ed. Armand Colin, 174 pages, à paraître début avril.
Pascal Boniface par Joseph Limagne / Ouest France / 20 mars 2005
 Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS
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