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L’hypothèse d'une république de type fédéral n’est pas à exclure

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Quatre questions à Barah Mikaïl, chercheur sur le Moyen-Orient à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), au lendemain des élections irakiennes.

Que pensez-vous de la participation des électeurs?

Il faudra attendre la publication par la commission électorale irakienne des chiffres officiels de participation des électeurs aux élections du 30 janvier 2005 avant que de pouvoir en tirer des conclusions concrètes et fiables. Reste que ce scrutin semble avoir suscité un engouement remarquable des Irakiens au vu du chaos sécuritaire qui règne dans leur pays. Veillons cependant à ne pas trop exagérer sa portée. Les Etats-Unis comme le gouvernement d’Iyad Allaoui y voient une victoire de la démocratie contre le terrorisme, ce qui n’est à mon sens qu’une demi-vérité. Si des groupes terroristes effectifs essaient en effet de mettre à mal tout horizon politique viable pour l’Irak, il ne faut pas oublier non plus que bien des individus et formations de souche purement irakienne, et opposés à la présence des troupes d’occupation dans le pays, incarnent pour leur part une résistance qui s’exprime également par les armes. Il faut donc impérativement attendre le résultat définitif des élections, qui sera seul à même de nous renseigner sur un point important mais délibérément occulté par Washington: les Irakiens ont-ils voté pour ou contre le maintien des troupes américano-britanniques dans leur pays?

Quel rôle les Sunnites sont-ils amenés à jouer dans le futur?

Rappelons d’abord qu’il n’y a pas de sunnite-modèle en Irak, pas plus qu’il n’y a de chiite-type: certains sunnites sont laïques, d’autres en faveur d’une théocratie, d’autres encore pour une monarchie, et il en va très souvent de même pour le reste des communautés du pays. Reste que les zones à peuplement majoritairement sunnite se sont apparemment massivement abstenues durant ce scrutin, contrairement à la mobilisation record par laquelle se sont caractérisés leurs concitoyens résidant dans les zones à majorité kurde ou chiite. Mais ce n’est pas pour autant que l’avenir politique des sunnites est compromis. Les lois en vigueur en Irak stipulent clairement la nécessité pour toutes les communautés religieuses du pays d’être prises en compte dans le processus politique à venir, et il y a fort à parier que le/les grand(s) vainqueur(s) du scrutin feront tout pour garantir une bonne représentation de la volonté des sunnites lors de leurs différentes tractations, négociations ou encore nominations à venir. Agir autrement comporterait en effet un grand risque : celui de saper clairement l’unité nationale irakienne, ce qui serait porteur de grands risques de guerre civile.

Pensez vous que les résultats de ces élections puissent permettre aux Kurdes irakiens d'aller vers l'autonomie, voire l'indépendance ?

Les Kurdes ont déjà une relative autonomie, comme le prouve l’existence d’un Parlement kurde autonome dont les 111 membres seront également renouvelés à l’occasion de ce scrutin. Mais ils savent également qu’ils sont devant une chance historique, puisque, s’ils n’oeuvrent pas dès maintenant en vue de l’obtention sur le moyen terme d’un Etat kurde indépendant, ils seront contraints de reporter cette ambition aux calendes grecques. Cependant, si cette volonté de leur part reste certes un secret de Polichinelle, il est clair que l’officialisation d’une telle ambition leur serait contre-productive. Les Kurdes irakiens se verraient en effet alors accusés par beaucoup de leurs concitoyens de vouloir saper l’intérêt national irakien, ce qui pourrait être générateur de troubles violents, sans compter que la Turquie, qui compte quand même pour beaucoup aux yeux des Etats-Unis, ne resterait pas passive face à un projet si menaçant pour ses propres intérêts. C’est pourquoi il me semble que les Kurdes d’Irak essaieront d’inscrire leurs ambitions dans la durée, rognant progressivement des compétences locales tout en insistant régulièrement sur la spécificité ethnique des Kurdes.

Ces élections se sont-elles déroulées comme l'attendait les Américains?

Ces élections semblent, d’un point de vue formel, conforter temporairement les Etats-Unis dans leur campagne irakienne. L’Administration américaine ne se prive ainsi pas d’insister sur la «soif de démocratie» affichée par les Irakiens. Cependant, il conviendra de suivre de près les relations qui animeront Washington d’une part, et les sunnites irakiens de l’autre dans les temps à venir. Car l’Administration Bush a été depuis mars 2003 la seule à insister sur la nécessité pour les sunnites d’être correctement représentés au sein du processus politique à venir ; or, ce sont les membres de cette communauté qui semblent précisément être les moins en phase avec des projets d’avenir qu’ils perçoivent comme dictés par Washington. Ce qui risquerait, sur le court/moyen terme, de saper les attentes de l’Administration Bush, qui a besoin de faire de ses plans pour l’Irak un plein succès afin de rallier la communauté internationale à sa vision des choses et de justifier, le cas échéant, la possibilité de réitérer ce scénario dans un autre pays.

Comment voyez-vous le proche futur de ce pays?

Il va de soi que ce scrutin, si son succès était confirmé, ne portera en rien un coup d’arrêt aux violences qui affectent très régulièrement le quotidien des Irakiens. Il me semble cependant que les membres de l’Assemblée nationale tenteront en priorité de recouvrer la pleine souveraineté du pays, condition sine qua non pour enclencher un processus de pacification durable. Cependant, les ambitions indépendantistes kurdes risquent également fort de bientôt constituer un aspect majeur du dossier irakien, et c’est pourquoi, même si elle n’est pas encore à l’ordre du jour, l’hypothèse de l’engagement du pays vers une république de type fédéral n’est pas à exclure. Cette éventualité semble d’ailleurs avoir déjà été comprise par le voisin jordanien, puisque le roi Abdallah II vient de notifier son intention de procéder à un redécoupage du royaume en trois provinces administratives décentralisées qui, paradoxalement, devraient avoir pour effet de renforcer son propre pouvoir. Une décision lourde de sens, et qu’il ne faut pas sous-estimer : toute éventuelle partition de l’Irak se doit en effet d’être contrée, sous peine de pouvoir se propager à l’ensemble du Moyen-Orient et de signer dès lors la fin de l’ère des Etats-nations contemporains dans cette région.

Barah Mikaïl / Yahoo ! Actualités / 1er février 2005




Barah Mikaïl
Chercheur à l'IRIS


Institut de Relations Internationales et Stratégiques
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