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Aujourd'hui, ce n'est pas la France qui est isolée, ce sont les Etats-Unis

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George Bush a regagné les élections, comment expliquer que les Américains aient massivement voté pour lui après ce qui s'est passé durant ces 4 dernières.

Deux explications majeures à la réélection de George W. Bush : tout d'abord, ces élections se sont jouées sur la peur. Les Américains ont voté avec comme préoccupation principale la lutte contre le terrorisme qu'est censé incarner George W. Bush. Il y a bien sûr un paradoxe. On peut penser que les Américains sont moins en sécurité aujourd'hui qu'ils ne l'étaient il y a 4 ans lorsque George W. Bush a été élu, et que la guerre en Irak est plutôt venue nourrir le terrorisme que le combattre réellement. Mais les Américains ne pensent pas majoritairement de cette façon et en période d'incertitude, ils se regroupent derrière le chef qui mène le combat. John Kerry ne s'est d'ailleurs certainement pas suffisamment distingué sur ce point de George W. Bush puisqu'il a initialement approuvé la guerre d'Irak et ici comme ailleurs les Américains ont préféré l'original à la photocopie. Mais il faut voir également quelque chose de certainement encore plus préoccupant, c'est qu'il y a une divergence grandissante entre la société américaine et les sociétés européennes. Ensuite, l'élection s'est aussi jouée sur la question des valeurs et s'il y avait peu de différences entre les politiques étrangères de Kerry et de Bush, il y en avait énormément dans le domaine de la politique intérieure. L'Amérique qui a gagné est une Amérique conservatrice et réactionnaire ; c'est également une société où la religion joue un rôle important dans la vie publique.

Certains pensent qu'il y aura un infléchissement de la politique extérieure de Bush, d'autres pensent au contraire qu'il y aura une fuite en avant, qu'en penses-tu ?

Bush avait été élu lors de son premier mandat sur le programme d'une Amérique modeste. Ce n'est pas vraiment le programme qu'il a mené au cours de ces 4 ans. Cette fois-ci, il a été élu sur un programme clair, la guerre en Irak, le pourrissement

de la situation entre Israéliens et Palestiniens, une politique où la force prime sur le droit, il peut donc se sentir conforté dans ses choix. Cependant, je ne suis pas sûr qu'il ait les moyens de les appliquer. La réalité c'est qu'il est en difficulté en Irak, que l'Amérique est de plus en plus impopulaire dans le monde et qu'elle a des déficits commerciaux et budgétaires extrêmement importants. Quelle que soit la volonté de Bush, il devra un jour ou l'autre se faire à cette réalité. Il faut donc résister fermement

à ceux qui disent : " Attention Bush est réélu, il est là pour 4 ans, nous devons lui céder afin de nous faire pardonner ". Aujourd'hui, ce n'est pas la France qui est isolée, ce sont les Etats-Unis.

Yasser Arafat est mort, cela conduit à un certain vide politique à la tête de l'autorité palestinienne, penses-tu que cette mort peut faire sombrer les territoires occupés dans le chaos ou qu'au contraire, il peut mener à un déblocage du processus de paix dans le sens ou Sharon a un argument de moins ?

La mort d'Arafat laisse bien sûr un vide à la tête de l'Autorité palestinienne. Il a incarné pendant presque 40 ans la lutte des

Palestiniens. Mais je ne crois pas que les territoires vont sombrer dans le chaos, même si on ne peut pas totalement exclure ce risque. Les Palestiniens sont en effet bien conscients des enjeux et à ce moment particulièrement délicat de leur histoire, ils jouent au contraire l'unité entre eux. Il est vrai que la mort d'Arafat prive Sharon de son argument qui consistait à dire qu'il ne pouvait pas négocier avec les Palestiniens tant qu'Arafat était à leur tête, ce prétexte n'existe plus désormais. Il y a donc une pression supplémentaire possible à exercer sur Sharon pour qu'il ouvre de réelles négociations.

Pascal Boniface par Emir Deniz - Jeune garde - 28 novembre 2004




Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS


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