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Revue de presse
La guerre a développé le terrorisme
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Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) dresse le bilan de l'occupation américaine en Irak.

Quel bilan dresser d'un an d'occupation en Irak ?

Il y a d'abord un aspect positif non négligeable : la chute du régime de Saddam Hussein. Mais l'écart entre la réalité et les buts de cette guerre, tels qu'ils ont été énoncés par les Américains, est grand. Au départ, il était question de la recherche d'armes de destruction massive. Recherche qui s'est soldée par un échec. Hans Blix (1) a écrit à ce propos un livre terrible pour les administrations de George W. Bush et de Tony Blair. Le mensonge a été révélé, qu'il soit ou non volontaire. Il sera alors difficile de croire ces gouvernements. La guerre en Irak a, plus généralement, conduit à décrédibiliser les forces alliées occidentales qui ont soutenu la guerre. Par ailleurs, la théorie du " domino démocratique " est loin d'être concluante. En renversant le régime de Saddam Hussein, les Américains pensaient pouvoir répandre, par la persuasion ou l'intimidation, la démocratie dans l'ensemble de la région. Et parvenir ainsi à stabiliser cette zone, tout en la rapprochant des Etats-Unis et d'Israël. Or, officiellement arrêtée, la guerre continue pourtant dans les faits et prend une ampleur nouvelle. Jusqu'où ? la question reste posée. Y aura-t-il une guerre civile ? Sera-t-il possible, dans ces conditions , de restituer le pouvoir aux Irakiens le 30 juin ? Rien n'est sûr. On peut également se demander quelles seront les répercussions de la guerre aux Etats-Unis, notamment sur les élections présidentielles. Pour la première fois depuis vingt-quatre ans, la politique étrangère va jouer un rôle dans la campagne. Plus important encore, le fossé entre le monde musulman (et pas seulement arabe) et le monde occidental, du moins la partie qui se reconnaît dans les Etats-Unis, s'est creusé. Phénomène corollaire, cette guerre qui devait lutter contre le terrorisme a eu pour effet direct de le développer. Comme on s'en est malheureusement aperçu à Madrid.

Comment expliquer la dégradation de la situation sur le territoire irakien ?

Tout d'abord, la capture du Saddam Hussein a eu, contre toute attente, une incidence fondamentale sur la sécurité. En effet, après une brève accalmie, ceux qui craignaient de voir l'ancien dictateur revenir au pouvoir sont désormais plus libres de lutter contre les forces américaines. Non seulement l'opposition sunnite ne se limite plus aux partisans de Saddam Hussein, mais elle s'est radicalisée sous la pressions chiite. En plus, la violence de la réaction américaine a permis de créer une jonction entre chiites et sunnites face à l'occupant. Enfin, l'augmentation des morts américains et l'élément nouveau qu'est la prise d'otages mettent une très fortes pression sur les troupes américaines. Et sur leurs alliés : au lieu de participer à la gestion tranquille d'un pays vaincu, ces derniers s'aperçoivent qu'ils sont dans une zone dangereuse où la vie de leurs soldats est en jeu. Les Etats-Unis sont particulièrement soucieux des répercussions que cela peut avoir sur des pays clés du point de vue politique, comme le Japon ou la Pologne. Sans parler de l'Espagne, où le problème semble déjà tranché.

Quelles sont alors les possibilités d'action des Etats-Unis ?

Les Etats-Unis comptent sur deux éléments : que la situation s'arrange de façon, si ce n'est automatique, du moins naturelle, et que l'Otan s'investisse en Irak. En appelant l'Otan à la rescousse, les Américains pourraient " multilatéraliser " les risques encourus et augmenter l'effectif militaire en Irak. Mais je doute fort que la participation de l'Otan puisse résoudre le problème. Car, dans la situation de violence actuelle, elle risque d'être perçue comme un corps américain. C'est pourtant cette solution qui semble avoir la faveur du gouvernement Bush, plutôt que de céder le pouvoir aux autorités internationales ou aux Irakiens.

(1) Irak, les armes introuvables, de Hans Blix, ancien chef des inspecteurs en armemnt dee l’ONU, Fayard, 450p. 22 euros

(2) Le 8 avril, treize étrangers ont été enlevés, dont trois Japonaisn un Israélien, un Canadien et huit Sud-Coréens (ces derniers ont depuis été libérés). Plus trad, un Américain et huit Chinois ont été pris en otage, puis libérés le 12 avril.

Pascal Boniface par M.D. - Politis - 15/27 avril 2004




Pascal Boniface
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