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Les réseaux savent profiter de notre libéralisme

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L'Europe a déjà fait face au terrorisme. Est-elle bien armée ?

Il y a différentes formes de ce qu'on nomme " terrorisme ". Les mouvements déjà connus ont un point commun. Par leur revendication nationaliste (IRA, ETA…) ou idéologico-politique (Fraction armée rouge, Action directe,…), un système de négociation rend envisageable une négociation. Avec le terrorisme islamiste, ce qu'on appelle les jihadistes, la situation est plus nébuleuse. Ces groupes n'ont pas ou peu de revendication ou alors celles-ci sont très peu ou mal formulées. Les récents attentats en Turquie n'ont pas été suivis de revendication. Mis à part un vocable très vague : bouter dehors les judéo-chrétiens. Cela n'est pas un programme. Quant à l'Espagne, les attentats ont cristallisé une situation qui existait déjà : l'opposition à la guerre. Et les électeurs ont surtout sanctionné l'attitude du gouvernement Aznar.

Les Européens ont-ils les moyens de combattre Al Qaïda ?

Il s'agit d'une nébuleuse, sans direction centrale. Du coup, la prévention de ce type d'attentat est très difficile. En Turquie et en Espagne, les réseaux responsables des attaques ont été démantelés rapidement. Mais après les actions. Dans la prévention, il y a une relative impuissance. Même si, en Espagne, des arrestations avaient eu lieu ces derniers mois. Le vrai risque, dans nos démocraties, est d'assister à la mise en place de législations d'exception liberticides. On l'a vu aux Etats -Unis avec le Patriot Act. En même temps, on sent bien que la lutte contre le terrorisme n'est pas simple. Nous sommes face à un vrai défi.

Y-a-t-il d'autres solutions ?

Il faudrait une mise en commun des compétences de chacun, au niveau européen ou mondial. Cela améliorerait l'efficacité des enquêtes et éviterait les dérapages liberticides. Simplement, et par définition, les services de renseignement travaillent dans le secret et n'aiment pas partager leurs informations. Pour imposer ce changement, une volonté de politique est nécessaire. Enfin, depuis le 11 septembre, les résultats sont faibles dans le démantèlement des réseaux financiers terroristes. Il faudrait des lois autorisant les services de sécurité à étudier certains livres de compte, notamment dans les paradis fiscaux. Mais cela irait à l'encontre du fonctionnement du libéralisme. Les réseaux terroristes savent en profiter.

Didier Billion par Lakhdar Bellaïd - France Soir - 19 mars 2004




Didier Billion
Directeur adjoint à l'IRIS


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