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La Turquie est un pays solide

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Pour Didier Billion, spécialiste du Moyen-Orient, Ankara est plus ancrée dans la démocratie qu’on ne le pense.

La série d’attentats qui vient de secouer la Turquie est-elle le prélude à une offensive terroriste de plus vaste ampleur ou s’agit-t-il d’une attaque ponctuelle?

On ne peut que souhaiter que cette situation soit ponctuelle. Mais ce serait oublier que la Turquie est un pays frontalier avec l’Irak, où règne le chaos, que cette frontière est longue et perméable et que les terroristes islamiques ont de nombreuses raisons de s’attaquer à Ankara.

Ces raisons on les connapit. Elles concernent la politique étrangère de la Turquie et notamment ses liens privilégiés avec les Etats-Unis et Israël. Ou encore sa position dans l’OTAN.

Elles ont à voir, aussi, avec la politique intérieure. N’oublions jamais que l’Etat turc moderne, qui a supprimé le califat, est considéré depuis comme traître à l’islam. L’arrivée au pouvoir du PJD (NDLR: les «démocrates-musulmans» du Parti de la justice et du développement) n’a pas changé la donne. Au contraire, puisque le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan s’est admirablement moulé dans les institutions laïques.

L’Etat et la société peuvent-ils être ébranlés?

On le sait, il est très délicat de lutter contre cet ennemi difficile à discerner qu’set le terrorisme. Cette situation entraînera un resserrement du dispositif policier ou une remise en cause de certains droits, comme ce fut le cas aux Etats-Unis au lendemain du 11 septembre. Mais n’est-ce pas le prix à payer pour gagner cette guerre si particulière? Pour le reste, la Turquie est un grand pays, plus solide et plus ancré dans la démocratie qu’on ne le croit en Europe Occidentale.

Quant au gouvernement, je ne pense pas non plus qu’en dehors des questions propres à la sécurité, il modifie beaucoup sa ligne. Sur le plan économique, c’est un gouvernement libéral et il n’y a aucune raison que cela change. Sur le plan religieux, il est évident qu’il ne remettra pas en cause sa laïcité, ni qu’il tombera dans un discours radical. Cela serait contre-productif.

A cette occasion, l’Armée ne risque-t-elle pas de regagner un peu du terrain perdu en matière d’influence politique?

Encore une fois, contrairement à ce que l’on pense de ce côté-ci de l’Europe, l’armée turque n’est pas monolithique. Et si une partie ne voit pas d’un bon oeil le rapprochement avec l’Union européenne, une autre est prête à perdre de ses privilèges pour ne pas entraver ce mouvement.

Par ailleurs, la position de Turquie vis-à-vis de l’Irak n’évoluera pas.

L’armée restera présente sur la frontière et un peu au-delà, comme en ce moment. Mais il est peu probable qu’elle aille plus loin avec toutes les conséquences qui en découleraient.

Didier Billion par René Raffin - Le Progrès - 22 Novembre 2003




Didier Billion
Directeur adjoint à l'IRIS


Institut de Relations Internationales et Stratégiques
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