
Trois questions à Didier Billion, Directeur adjoint de l’Iris.
De l’attentat de samedi contre les synagogues à celui d’hier contre le consulat britannique, quel est le chemin? C’est clairement la volonté organisée de s’en prendre à la Turquie et, partant, à ceux qui sont considérés comme des islamistes radicaux comme des alliés objectifs (les juifs) ou effectifs (les Anglais) des Américains dans la question irakienne. Ajoutez la coopération d’Ankara avec Israël et sa candidature à l’UE. N’oublions jamais, aussi, que la Turquie est de longue date considérée par les ultras de l’islam politique comme un pays qui a trahi en installant un Etat laïc et qui, facteur aggravant aujourd’hui, est dirigé par un gouvernement dont la matrice est islamiste mais qu’on ne peut lus caractériser comme tel.
La Turquie est-elle minée par ces mouvements radicaux? Non. Il n’y a pas en Turquie meêm des groupes organisés capables de finaliser des opérations lourdes comme ces attentats. Alors, Al-Qaida vient évidemment à l’esprit une fois que l’on aura rappelé qu’il ne s’agit pas d’une organisation centralisée mais d’une nébuleuse avec des groupes indépendants agissant localement. Or, on sait que les deux kamikazes de samedi dernier étaient des Turcs ayant des liens avec des combattants de l’islam radical au Kosovo et en Tchétchénie. Et, au vu du chaos régnant de l’autre côté d’une frontière qui reste perméable, des groupes basés en Irak peuvent fort bien trouver un soutien local et logistique de la part des gens connaissant la langue et passer en Turquie pour y mener des opérations.
Va-t-on vers une intensification de cette action terroriste? C’est à craindre. Ce type d’opération peut se répéter aussi bien en Turquie que dans d’autres pays se trouvant dans une configuration voisine, comme la Jordanie. L’Irak se trouve dans un désordre tel que les groupes terroristes y trouvent des bases de départ comme de repli. L’Europe, incarnation de l’ennemi judéo-croisé, peut être attaquée chez elle, y compris la France.
Didier Billion par Paul Meunier - Sud Ouest - 21 novembre 2003
 Didier Billion
Directeur adjoint à l'IRIS
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