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Côte d’Ivoire : “ Eviter la ruine du pays ”

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Sud Ouest Dimanche : La visite en urgence de Dominique de Villepin en Côte d’Ivoire montre-t-elle une volonté de s’impliquer un peu plus dans le conflit ivoirien ?

Pascal Boniface : Ce voyage montre effectivement qu’une nouvelle étape a été franchie. Il fait suite à une très forte dégradation sur le terrain. Mais il signifie surtout que la France poursuit son travail de médiation sur le terrain.

Dans cette affaire, le gouvernement français joue-t-il au “ gendarme de l’Afrique ” ?

Non, je ne crois pas que nous sommes dasn cette vieille tradition gaulliste. Face à une situation extrêmement difficile, peu lisible et potentiellement dévastatrice, la France applique plutôt la réforme de la coopération mise en place il y a quatre ans, sous la cohabitation et dont le credo est ; ni ingérence, ni indifférence. Si elle n’avait pas envoyé de soldats, on aurait pu l’accuser d’abandonner un pays ami. En même temps, on voit bien ici qu’il ne s’agit pas seulement d’inervenir au profit du gouvernement ou de restaurer l’ordre d’un régime menacé.

J’ai l’impression que la France est plutôt prise dans un piège parce que, quoi qu’elle fasse, elle est critiquée des deux côtés ; le régime estimant qu’elle l’aide insuffisamment, les rebelles dénonçant qu’elle fait pencher la balance du côté de Gbagbo.

Gbagbo dont le régime est pour le moins fragile...

Soyons clairs sur ce point. Le gouvernement ivoirien est légitime. Il a été reconnu par l’ONU. Il est légal. Je ne prétends pas pour autant que Gbagbo soit exempt d’erreurs. C’est vrai que, même si Konan Bédié et le général Gueï ont lancé avant lui le débat sur l’ivoirité, il n’a rien fait pour le stopper. Or, on voit aujourd’hui où il peut nous mener et combien il est dangereux. Gbagbo est de toute évidence partiellement responsable de la dégradation de la situation, notamment lorsqu’il a fait renvoyer 500 soldats embauchés par Gueï, action qui a pu faire croire qu’il voulait une armée sur des bases ethniques plus conformes à ses vues.

Pourquoi la France a-t-elle intérêt à ce que la Côte d’Ivoire retrouve le chemin de la paix ?

Elle est d’abord un partenaire important parce qu’elle est la première puissance économique francophone en Afrique et la troisième puissance d’Afrique d’un point de vue économique global. Il y a 200 000 Français et d’importants intérêts commerciaux. Par ailleurs, alors que dans l’est de l’Afrique, notamment au Kenya, on assiste à une transition démocratique pacifique, il faut que le même effort soit fourni en Afrique francophone et que tout soit fait pour éviter la ruine du pays ou pire, des massacres à grande échelle.

La France peut-elle seule dénouer le problème ?

Cela est impossible et peu souhaitable. Elle doit favoriser la discussion, ce qu’elle seomble parvenir à faire en réunissant les principaux partis politiques le 15 janvier à Paris. Mais elle doit éviter à tout prix de devenir une puissance belligérante. C’est d’abord aux Ivoiriens, ensuite aux Africains de trouver la voie de l’appaisement.Des pays comme le Mali ou le Sénégal, qui ont compris que leur avenir passait par de nouvelles pratiques peuvent servir de modèle, voire d’intermédiaire entre les rebelles et Gbagbo. On constate aussi que la CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) a obtenu des résultats positifis ces derniers temps en Sierra Leone et au Liberia. Elle peut jouer un rôle important.

Y a-t-il une possibilité de sortie de crise avec Gbagbo au pouvoir ?

Alors qu’une grande partie du continent s’engage dans le voie des élections, ce serait un mauvais exemple pour l’Afrique qu’un président élu quitte le pouvoir suite à une rébellion armée. En même temps, Gbagbo serait avisé de cesser de nier toute représentativité à son opposition. S’il veut montrer sa véritable force, ce serait d’accepter un opposant de la taille de Ouattarà. Mais malheureusement entiment qu’il s’y résout.

Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS

Recueillis par Marie_Luce Ribot - Sud Ouest 05/01/03





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