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«L’AK est pragmatique et réaliste»

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Au lendemain des élections législatives en Turquie, largement remportées par le Parti de la justice et du développement (AK), qui dispose désormais de 363 sièges sur 550 au Parlement, Didier Billion, revient sur la victoire de ce parti islamiste «modéré».

Le dirigeant de l’AK, né sur les cendres du parti islamiste interdit, Recep Tayyip Erdogan, assure que son mouvement est modéré. Qu’en pensez-vous?

Didier Billion: Ce glissement sémantique d’islamiste à musulman démocrate (en référence à la démocratie chrétienne européenne) n’est pas nouveau. Les islamistes y avaient déjà fait référence il y a quatre ou cinq ans. Mais à l’époque, sous l’emprise d’Erbakan, ils étaient très conservateurs. Aujourd’hui, sous l’influence d’Erdogan, ils se sont ancrés dans la vie politique. L’équipe dirigeante de l’AK est pragmatique et politiquement réaliste. Ils ne devraient pas faire la même erreur qu’en 1996-1997 où ils avaient heurté les partisans de la laïcité, et avaient été contraints à démissionner par l’armée. Les actions importent et je leur laisse donc le bénéfice du doute.

Quelles sont les grandes lignes de leur programme?

L’AK est libéral en économie, prêt à suivre la ligne du FMI. Il n’y a donc pas de divergence avec l’Union européenne à ce niveau. Sur les questions sociales, c’est un parti conservateur qui a beaucoup fait campagne sur la misère et la pauvreté, qui sont réelles en Turquie. La grande question reste celle du voile. De façon très politique, Erdogan a dit qu’il autoriserait le port du voile à l’école et pour les fonctionnaires. Sans le rendre obligatoire. Mais on sait que certaines femmes y seront alors contraintes par leur famille. Cette élection ne devrait cependant pas avoir d’incidence sur les libertés démocratiques.

L’armée, très attachée à la laïcité, ne risque-t-elle pas de faire un coup d’Etat?

Si l’armée considère que le laïcisme de l’Etat est menacé, alors elle interviendra dans la vie politique. Mais en faisant attention au rapport de force politique (l’AK dispose d’une forte majorité) et en s’appuyant sur des faits incontestables. De leur côté, les islamistes devraient s’attacher à ne pas provoquer l’armée. Recueilli par Clémence Lemaistre

Didier Billion
Directeur adjoint à l'IRIS

20 Minutes - Mardi 5 Novembre 2002





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