Biélorussie : le statut-quo est-il tenable ?

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Plusieurs centaines d'opposants ont passé la nuit de lundi à mardi dans le centre de Minsk pour réclamer l'invalidation de l'élection présidentielle, remportée avec 82,6% des voix par le président sortant biélorusse Alexandre Loukachenko. Arnaud Dubien, Chercheur à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), analyse la situation.

Alexandre Loukachenko a été réélu dimanche dernier avec 82% des suffrages au terme d’un scrutin dénoncé par l’OSCE et les capitales occidentales. Une telle issue était-elle prévisible ?

Malheureusement oui. Le régime biélorusse est engagé, depuis 1995, dans une inquiétante dérive autoritaire illustrée, entre autres, par un harcèlement constant des derniers médias indépendants et de l’opposition, dont certains représentants ont disparu dans des circonstances très troublantes. Ce « serrage de vis » s’est accentué après la « révolution orange » en Ukraine, tout en étant fait pour empêcher l’opposition – notamment Alexandre Milinkevitch – de faire campagne. Il faut par ailleurs souligner que Loukachenko reste assez populaire auprès de larges segments de la société biélorusse – en particulier dans les campagnes et les petites villes de province. Le paternalisme politique et économique, couplé à une rhétorique pro-russe fortement teintée de soviétisme, y trouve un écho certain, quoique sans doute déclinant. Dans ce contexte, personne n’imaginait une répétition des événements de Kiev dans le centre de Minsk.

La Biélorusssie peut-elle devenir un nouveau point de friction entre Russes et Occidentaux ?

C’est en fait déjà le cas, surtout dans les relations russo-américaines. La Russie est le principal soutien de la Biélorussie, qui est l’un des rares pays de l’ex-URSS à avoir fait le choix d’un rapprochement avec l’ancienne métropole. Pour Moscou, il est très important d’avoir un régime ami à ses frontières occidentales, exigence renforcée par le double élargissement de l’UE et de l’OTAN, ainsi que par la « révolution orange » en Ukraine. Les relations bilatérales ne sont toutefois pas exemptes de tensions et l’on devine que le Kremlin souhaiterait un allié plus « présentable » que Loukachenko. Américains et Européens ont de fait réduit au minimum leurs relations avec Minsk et adopté des sanctions qui devraient être renforcées dans les prochaines semaines. Le déroulement de la campagne électorale montre cependant que les Occidentaux disposent de leviers d’influence très limités. Et, à ce stade, la Russie – qui soupçonne l’Occident de vouloir l’affaiblir en ex-URSS – ne paraît pas disposée à une discussion sérieuse sur l’évolution de la Biélorussie.

Le régime de Loukachenko peut-il se maintenir durablement ?

A court terme, rien ne paraît devoir ébranler le régime. Les manifestations organisées par l’opposition ne regroupent en effet que quelques centaines de personnes et ne concernent que la capitale, où l’intelligentsia libérale est plus nombreuse. L’importance du dispositif policier et les déclarations très menaçantes des représentants du KGB indiquent toutefois une certaine fébrilité. A moyen terme, c’est sans doute l’érosion prévisible du « modèle » économique biélorusse qui pourrait menacer la légitimité du régime. Mais aucun changement de grande ampleur ne sera possible sans un « signal » en provenance du Kremlin.

Arnaud Dubien / Yahoo ! Actualités / 21 mars 2006