Ukraine : l’indépendance n’a pas de prix mais elle a un coût

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Russes et Ukrainiens viennent de trouver un accord sur la livraison et le transit du gaz russe vers et à travers l'Ukraine. Le dossier n'est cependant pas clos et devrait alimenter durablement la chronique stratégique. Car c'est bien de stratégie dont il est question, parce que cela concerne l'énergie, qui est un secteur économique bien spécifique, et la Russie qui est un fournisseur très particulier.

La rupture de l'approvisionnement en gaz de l'Ukraine par une coupure brutale le 1er janvier avait fait ressurgir le spectre de l'impérialisme de Moscou. La Russie ne supportait pas que l'Ukraine prenne une voie politique indépendante, se démocratise, se rapproche des Etats-Unis et de l'Europe.

Si Moscou ne contrôle plus l'Europe centrale et orientale (mais ces pays la craignent toujours), il entend conserver le contrôle d'un espace stratégique post soviétique (moins les Etats baltes). Moscou ne peut donc admettre l'indépendance affirmée de l'Ukraine ou de la Georgie, pays où malgré ses interférences, des gouvernements sur lesquels la Russie n'a pas prise ont gagné le pouvoir par la voie électorale. D'où cette sanction consistant à couper le gaz pour mettre à genoux économiquement l'Ukraine. Cela est vécu comme une politique de force, un retour aux méthodes soviétiques. Surtout que ce geste vient à un moment où l’on s'interroge sur les orientations futures que Poutine entend donner au pays.

En Tchétchénie, un conflit d'un autre âge s'éternise, sans perspectives politiques en vue, et où priorité est donnée à une solution militaire à laquelle personne ne croit, en dehors des cercles du pouvoir de Moscou.

La liberté de la presse et de la justice sont mises en doute et l'autoritarisme politique semble revenir en force.

Mais quelles que soient les inquiétudes que l'on puisse avoir sur l'avenir de la démocratie en Russie, Moscou est loin d'avoir tous les torts sur le dossier spécifique du gaz.

Avant son implosion, l'URSS fournissait, au nom de la solidarité entre pays communistes, de l'énergie à ses alliés du Pacte de Varsovie à des prix bien inférieurs au marché. C'est pour cela qu'ils n'ont pas subi le choc pétrolier de 73-74, et qu'ils avaient une industrie grande consommatrice d'énergie et peu respectueuse de l'environnement. Par la suite la Russie a conservé cette politique avec les pays de « l'étranger proche », à savoir les Républiques issues de l'URSS avec lesquelles elle gardait des relations stratégiques étroites.

L'Ukraine par exemple payait à ce titre 50 euros les mille mètres cubes au lieu de 220 ou 230 euros facturés aux pays européens.

Autant l'Europe a raison d'intervenir si Moscou essaie de manipuler le processus électoral en Ukraine, comme ce fut le cas en décembre 2003, autant la Russie est libre de consentir ou non des rabais à ses clients par rapport au prix du marché. Et l'Ukraine ne peut à la fois vouloir couper le cordon ombilical avec la Russie et conserver des avantages liés à la période soviétique. L'indépendance n'a pas de prix, mais elle a un coût.

Pascal Boniface / Yahoo ! Actualités / 4 janvier 2006



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS